À la Toussaint, Mgr GUIOUGOU invite à un bonheur que l’épreuve n’efface pas

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dimanche 1 novembre 2026
Diocèse de Guadeloupe

Trois jours après les funérailles de sa mère, Mgr Philippe GUIOUGOU a présidé, dimanche 1er novembre 2026, la messe de la Toussaint à la cathédrale de Basse-Terre. Au cœur de son homélie, une invitation à chercher ce bonheur profond qui résiste aux déceptions et aux difficultés de la vie. À travers les Béatitudes, l’évêque de Guadeloupe rappelle que la sainteté est une vocation offerte à tous, à vivre et à partager dès aujourd’hui.

« Si on vous invitait à choisir entre la joie et le bonheur, que choisiriez-vous ? » La question est simple. Elle oblige pourtant à s’arrêter. À laisser passer la première réponse pour regarder ce que chacun cherche au plus profond de lui-même. Ainsi commence l’homélie de Mgr Philippe GUIOUGOU : par une parole adressée à l’assemblée, une invitation à réfléchir ensemble, avant de prendre le chemin des Béatitudes.

Dans le contexte du deuil qui touche l’évêque, cette méditation sur le bonheur prend une résonance particulière. Son propos ne promet pas une existence soustraite aux difficultés. Il désigne un bonheur capable de demeurer au cœur même de l’épreuve : celui de se savoir aimé de Dieu, appelé son enfant et invité à marcher à la suite du Christ.

Ce bonheur engage aussi une responsabilité. Il appelle des témoins, des hommes et des femmes qui le rendent visible dans leur manière d’aimer, de choisir et de traiter les autres. 

Une question qui rejoint notre soif de bonheur

La joie se laisse reconnaître dans un instant heureux. Mais que reste-t-il lorsque cet instant est passé ? En interrogeant l’assemblée, Mgr Philippe ouvre une recherche qui concerne aussi bien les croyants que ceux qui se disent loin de la foi.

« Frères et sœurs, j’ai envie de vous poser la question : si on vous invitait à choisir entre la joie et le bonheur, que choisiriez-vous ? Il faut choisir. Alors, on peut être gourmand, et choisir les deux. Mais si vous deviez choisir entre la joie et le bonheur, que choisiriez-vous ? Prenez quelques secondes pour répondre. Ne répondez pas trop vite. Si vous devez choisir entre les deux, que choisiriez-vous ? La joie ? Il y en a qui disent la joie et très peu le bonheur. Moi, je vous invite au bonheur, parce que c’est ce que nous disent aujourd’hui les Béatitudes : « Heureux êtes-vous. » Alors, pourquoi notre monde a-t-il besoin de bonheur ?

Quel bonheur, frères et sœurs ! Non pas quelle joie, mais quel bonheur de se savoir enfant de Dieu

Vraiment, je me suis posé la question en réfléchissant sur l’Évangile et en disant : « Mais qu’est-ce que je vais pouvoir vous dire à la fête de tous les saints que nous fêtons chaque année ? », autre que de revenir sur ce que nous dit la fête de tous les saints. Mais où se trouve le bonheur ? Je crois même qu’il y a un chant, une chanson qui dit cela : « Où se trouve le bonheur ? » Où se trouve-t-il ? Derrière un pilier de la cathédrale, faudrait chercher ? Au détour d’une rencontre ? En rentrant dans l’église et en s’asseyant pour prier ? Où se trouve le bonheur ?

Finalement, n’est-ce pas l’unique et principale chose que recherche l’homme ? Le bonheur. Pas tant la joie, mais le bonheur. Je ne parle pas donc simplement de la joie qui peut avoir un aspect intense : Je suis joyeux, heureux, certes, mais cela ne dure parfois qu’un instant. La joie d’un moment, même si ça peut durer un peu. Mais ce n’est pas comparable au bonheur ».

Se savoir enfant de Dieu et laisser ce bonheur nous habiter

La réponse prend ici un visage intime : celui d’une personne qui découvre qu’elle est aimée. Mgr GUIOUGOU invite chacun à recevoir cette parole pour lui-même, comme un murmure capable de transformer une vie.

« Nous, nous parlons du bonheur capable de nous habiter durablement parce qu’il vient remplir tout notre être, toute notre personne. Un bonheur qui apporte des réponses à notre quête intérieure. Vous savez, l’homme cherche quelque chose. Quelquefois, il ne sait pas mettre de nom là-dessus. Bien des hommes nous disent : an pa ka kwè an bondyé. Ka ki bondyé ?  Je ne crois pas dans le Seigneur. Je ne cherche pas le Seigneur. » ou se disent athées. Mais quand nous regardons ces personnes, nous voyons qu’il y a une quête chez elles, que nous pouvons qualifier avec nos mots d’une quête de bonheur. Un bonheur que même les déceptions et les difficultés de la vie ne peuvent enlever ni effacer.

Saint Paul le dit très clairement : la destinée de l’homme, c’est de contempler Dieu face à face

Avouons-le, ce bonheur semble difficile, voire impossible à atteindre avec nos seuls yeux d’homme. Saint Paul nous donne une réponse à cette quête de bonheur que nous venons d’entendre dans la deuxième lecture avec saint Paul, apôtre de saint Jean : "Voyez quel grand amour le Père nous a donné pour que nous soyons appelés enfants de Dieu." Et saint Paul insiste : "Et nous le sommes." Appelés enfants de Dieu, et nous sommes enfants de Dieu.

Et celui qui, un jour, comprend cela, l’accueille véritablement, voit sa vie profondément transformée. Quel bonheur, frères et sœurs ! Non pas quelle joie, mais quel bonheur de se savoir enfant de Dieu ! Dieu m’appelle, Dieu m’appelle son enfant, Dieu m’appelle "mon" ou "ma bien-aimée".

Essayez d’imaginer, frères et sœurs, le Seigneur à côté de vous et qui vous chuchote presque dans l’oreille : "Mon bien-aimé, ma bien-aimée". Ça change tout. Ce n’est pas un frère, ce n’est pas un mari, une mère, un père, une épouse, une mère qui vous dit cela, c’est Dieu : "Mon enfant, mon et ma bien-aimée"». 

L’espérance de voir Dieu face à face

L’homélie de Mgr Philippe GUIOUGOU a porté ensuite le regard vers l’accomplissement de cette relation avec Dieu. L’évêque demanda alors à l'assemblée des fidèles d’imaginer cette rencontre qui dépasse ce que les mots peuvent saisir.

« Saint Paul va encore plus loin dans sa lettre de saint Jean. Il nous indique que le véritable chemin, la destinée finale du croyant, du chrétien… Il dit : "Quand cela sera manifesté, nous lui serons semblables, car nous le verrons tel qu’il est. 

Je vous invite à imaginer ce qu’on ne peut pas imaginer, ce qui est inconcevable ou difficile à imaginer dans l’exactitude. Imaginez-vous face à face avec Dieu. Et contrairement à l’Ancien Testament, j’ai envie de dire, on ne pouvait pas voir Dieu face à face, on ne pouvait même pas nommer le nom de Dieu. Vous voyez Dieu face à face, sans aucun filtre, sans voile, ni trouble au visage, et vous contemplez la face de Dieu. Est-ce de la joie, cela, ou du bonheur ? C’est du bonheur, bien plus intense, plus durable, plus intérieur et plus profond que la joie.

Eh bien, saint Paul le dit très clairement : la destinée de l’homme, c’est de contempler Dieu face à face ».

Un bonheur qui ne s’arrête pas aux portes de l’église

Ce qui a été reçu ne peut rester enfermé dans l’intimité de la foi. L’appel s’élargit à tous, y compris à ceux qui ne viennent pas à l’église. Le témoignage chrétien devient alors une invitation à s’approcher, à goûter, à découvrir, a prêché l'évêque de Guadeloupe.

« Alors, pour vivre ce bonheur, nous pouvons nous demander : de quoi notre monde a-t-il besoin ? Parce que ce bonheur n’est pas que pour nous, assis à l’église. I pou tout’ moun, mèm pou ta la ki paka vine légliz. Il est appelé au bonheur.

Ce bonheur est-il inaccessible à notre monde ? C’est une vraie question. Ou bien faut-il simplement davantage d’hommes et de femmes, de jeunes, de moins jeunes, qui accueillent ce bonheur dans leur vie et surtout le montrent aux autres ?

Accueillons cet appel à la sainteté. Ne croyons pas que la sainteté soit réservée à quelques-uns. Elle est notre vocation à tous. Et surtout, n’ayons pas peur de témoigner de ce bonheur autour de nous, car le monde a besoin des saints.

Notre rôle, frères et sœurs, il est immense, il est très grand, notre rôle de chrétien. C’est d’accueillir véritablement ce bonheur pour le montrer aux autres, pour leur dire : "Nous connaissons ce bonheur. Viens y goûter, approche-toi de ce bonheur". 

Jésus, en tout cas, dans l’Évangile, nous montre clairement le chemin à travers les Béatitudes que nous connaissons par cœur. Paradoxalement, ce chemin des Béatitudes, quand vous le lisez, n’est pas un chemin de force, n’est pas un chemin de puissance ou d’écrasement des autres. Ce n’est pas ce que disent les Béatitudes, disent les Béatitudes. C’est au contraire un chemin d’humilité, un chemin de respect, de bonté et de miséricorde. Un chemin d’amour véritable et total. C’est un chemin de sainteté ».

La sainteté au présent et l’appel adressé aux jeunes

Évoquant un souvenir de la venue du pape en France, Mgr GUIOUGOU a insisté sur le présent de cet appel. La sainteté ne se contemple pas seulement dans les figures du passé : elle interpelle aussi les jeunes et leur place dans l’histoire.

« J’étais assis devant ma télé à regarder le pape, la venue du pape en France. Et je me souviens, dans le Stade de France, que je connais très bien pour avoir vécu trente ans en Seine-Saint-Denis, où j’habitais pas très loin, pendant plusieurs années… Je vois le pape, après qu’on ait fait défiler tous ces tableaux de saints, pour bien rappeler au monde, et certainement au gouvernement, que la France a une histoire très grande, chrétienne et catholique. On a fait défiler, avec des panneaux, un ensemble de saints, mis en scène.

Et le pape, certainement pris dans cette joie, et ces jeunes présents, a poussé ce cri auprès de ces jeunes en leur disant : "Vous êtes les saints de France". Aujourd’hui, non pas hier : "Aujourd’hui, chers jeunes, vous êtes les saints de France".  Il les a invités à tenir leur place et à devenir les acteurs d’une histoire qui passe de la confusion à notre monde. Et nous voyons bien ce qui s’est passé après le passage du pape, d’une confusion à rechercher la vérité. Voilà ce que le pape a dit en quelque mots.

Alors, je suis allé voir ce que, aussi, la Conférence des évêques de France a dit, parce qu’elle a écrit des choses à la suite du passage du pape, et notamment sur ce passage au Stade de France. Les évêques de France disent que le pape a invité les jeunes à vivre trois axes dans la sainteté ».

Choisir la justice et retrouver la douceur

Refuser l’orgueil, la violence et la cupidité ; tendre vers la justice et la charité ; chercher une vie cohérente avec l’Évangile : le chemin devient concret. Parmi ces exigences, notre évêque s’est arrêté sur une qualité discrète, la douceur, à offrir aux autres et à soi-même.

« Premièrement, éviter l’orgueil, éviter la violence, éviter la cupidité. Premier chemin qui peut nous conduire à la sainteté si nous franchissons ces obstacles : l’orgueil, la violence et la cupidité.

Deuxième chose et deuxième axe pour vivre cette sainteté : tendre vers la justice, la piété, la foi, la charité et la douceur. Alors, on ne parle pas souvent de la douceur, mais j’aime beaucoup la douceur. Savons-nous être doux ? Être doux envers les autres, doux envers nos frères ? On parle souvent de la charité, on parle souvent de la foi, de la justice, mais de la douceur ? Sommes-nous doux pour les autres, voire même pour nous-mêmes ?

Et puis le troisième axe qu’il dit, c’est de combattre pour vivre en cohérence avec l’Évangile au milieu des défis actuels. Comme saint Paul qui dit : « Le mal que je ne voudrais pas faire, c’est celui que je fais, et le bien que je voudrais faire, je n’arrive pas à le faire. » Il y a une violence en nous qui nous invite à combattre pour que l’Évangile gagne en nous.

Ces trois défis ne sont ni plus ni moins que le programme des Béatitudes donné par Jésus aujourd’hui : "Heureux les pauvres de cœur, heureux ceux qui pleurent, heureux les doux, heureux ceux qui ont faim et soif de justice, heureux les miséricordieux, heureux les cœurs purs, heureux les artisans de paix, heureux ceux qui sont persécutés pour la justice".  "Heureux" veut dire  "bonheur", le bonheur ».

Les Béatitudes pour éclairer aussi nos choix de citoyens

La méditation de l'évêque de Guadeloupe rejoint aussi la vie publique et les décisions qui engagent la société. Mgr GUIOUGOU appelle à éveiller les consciences : quelle place accorder à la justice, à la miséricorde et à la paix dans les choix collectifs ?

« Voici le défi de notre monde, que notre monde doit relever face à l’adversité, face au mal. D’ailleurs, cela m’a fait penser véritablement au défi que nous allons vivre cette année, en tout cas en France, celui des élections, notamment présidentielles et législatives, qui vont suivre. "Bitin la ké rèd é cho", certainement, à coup sûr. On n’est pas là pour faire de la politique dans l’Église, mais nous sommes là pour éveiller les consciences et que vous puissiez voter et choisir en âme et conscience. Le choix risque d’être difficile.

Alors, je me suis dit — vous m’avez déjà entendu dire cela plus d’une fois — : si vous proposiez, avec votre plus bonne plume, le programme des Béatitudes à ceux qui vont voter ? Je me suis dit : ça serait pas mal que des milliers de catholiques de France écrivent au futur président ou présidentiable, ou présidentes, et leur donnent le programme des Béatitudes, en leur disant : " Appliquez cela ligne par ligne dans votre programme présidentiel". 

Le bonheur véritable ne se trouve ni dans la puissance, ni dans la richesse, ni dans la domination des autres. Et j’insiste sur le dernier point : ni dans la domination des autres. Et malheureusement, ce n’est que cela que la télé nous montre : l’homme qui souhaite dominer l’autre par la puissance ».

Devenir des témoins du bonheur de Dieu

Au terme de l’homélie de l'évêque de Guadeloupe, l’appel revient à chacun. La sainteté concerne toute l’assemblée, dans sa vie ordinaire, ses épreuves et ses rencontres. La dernière parole est celle des Béatitudes : une invitation à l’allégresse, portée par l’espérance.

« Le bonheur véritable, c’est d’être enfant de Dieu, de marcher à la suite du Christ et, un jour, de voir Dieu face à face. Alors, frères et sœurs, en cette fête de la Toussaint, accueillons cet appel à la sainteté. Ne croyons pas que la sainteté soit réservée à quelques-uns. Elle est notre vocation à tous. Et surtout, n’ayons pas peur de témoigner de ce bonheur autour de nous, car le monde a besoin des saints.

Et c’est en ce sens que l’appel du pape, j’espère, a résonné fortement dans le cœur des jeunes. Le monde a besoin de témoins du bonheur de Dieu. Alors, je ne fais qu’une chose pour conclure : reprendre la fin des Béatitudes. "Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux".  Amen » a conclu Mgr Philippe GUIOUGOU, évêque de Guadeloupe dans son homélie prononcée dimanche matin 1er novembre 2026, lors de la messe de la Solennité de la Toussaint qu'il présidait à la cathédrale Notre-Dame de Guadeloupe, à Basse-Terre.

Thierry FUNDERE, service diocésain de la communication (Photos : Xavier CORIOLAN)

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