En marche, derrière Marie
En cette fin d'après-midi du 16 juillet, les rues du chef-lieu ont pris un visage inhabituel, dans la douceur de la lumière tombante. Très vite, une foule de fidèles et de pèlerins envahi le parvis de l’église de Notre-Dame du Mont Carmel. Depuis le matin, l’affluence n’a cessé de croitre au sein de ce sanctuaire, à la grotte, au Calvaire et à l’intérieur de l’église où durant cette journée de fête, cinq Eucharisties ont été célébrées.
Peu avant 18h, il était temps de mettre en place la procession mariale qui précède comme chaque année, la grande messe solennelle de clôture de cet évènement de dimension diocésaine. En tête du cortège, la croix processionnelle ouvre la marche. Derrière elle, les servants d'autel, les prêtres, les religieux, les mouvements paroissiaux et des centaines de fidèles avancent lentement derrière la statue de Notre-Dame du Mont-Carmel, portée avec une profonde dévotion.
Des familles entières, des personnes âgées, de nombreux jeunes, des enfants, des pèlerins venus des quatre coins de la Guadeloupe se joignent à cette longue procession qui arpente quelques artères du centre-ville de Basse-Terre au rythme des chants mariaux, de la prière du Rosaire et des invocations adressées à la Vierge.
À chaque édition, cette marche constitue bien davantage qu'une tradition. Elle est l'expression visible d'une foi populaire profondément enracinée dans l'histoire de la Guadeloupe. Marie rassemble, console, encourage. Elle conduit surtout son peuple vers le Christ.

Neuf jours pour se laisser conduire par Marie
Depuis le 7 juillet, le sanctuaire vivait au rythme de la neuvaine.
Le thème choisi cette année — « Avec Notre-Dame du Mont-Carmel, Mère du Christ et Mère de l'Église, osons témoigner de notre foi » — a servi de fil conducteur à l'ensemble des prédications.
Jour après jour, les fidèles ont été invités à réfléchir à la manière de devenir des disciples missionnaires dans leur famille, leur travail, leurs engagements paroissiaux et leur vie quotidienne.
Une liturgie qui parle d'espérance
Les textes retenus pour cette solennité formaient un remarquable itinéraire spirituel.
Le psaume reprenait l'antique acclamation adressée à Judith — « Tu es l'honneur, tu es la gloire de notre peuple » — que la tradition chrétienne applique depuis des siècles à la Vierge Marie.
La deuxième lecture (Ga 4, 4-7) rappelait que le salut est venu « d'une femme ». Par son « oui », Marie devient la mère du Sauveur, mais aussi la mère de tous ceux qui reçoivent la grâce de devenir enfants de Dieu.
Enfin, l'Évangile selon saint Jean conduisait toute l'assemblée au pied de la Croix. Jésus y confie sa mère au disciple bien-aimé : « Voici ton fils... Voici ta mère. » Depuis cet instant, Marie est reconnue comme la mère de toute l'Église.

« Ne rentrons pas chez nous comme avant »
Dans son homélie, le Père Gérard Foucan, vicaire général du diocèse, a invité les pèlerins à regarder Marie comme une croyante en marche.
S'appuyant sur la figure du prophète Élie, il a rappelé que Dieu agit souvent discrètement, à l'image du « petit nuage » annonçant la pluie bienfaisante. Les périodes de sécheresse spirituelle, les épreuves ou les doutes ne doivent jamais conduire les croyants au découragement.
Le prédicateur a ensuite contemplé Marie debout au pied de la Croix. Fidèle jusqu'au bout, elle demeure un modèle de confiance, d'humilité et de persévérance pour tous les disciples du Christ.
Revenant sur le thème de la neuvaine, il a appelé les fidèles à faire de leur foi un véritable témoignage de vie, dans leurs familles, leurs engagements ecclésiaux et leur présence au cœur de la société guadeloupéenne. Il les a exhortés à ne pas rester enfermés sur eux-mêmes mais à vivre pleinement l'orientation pastorale diocésaine : « Avec Jésus-Christ en Église, participons et témoignons. »
L'une des phrases les plus marquantes de cette prédication restera sans doute cette invitation adressée à toute l'assemblée : « Ne rentrons pas chez nous comme avant. »

Un sanctuaire qui prépare l'avenir
Au-delà de cette neuvaine exceptionnelle, la paroisse a dévoilé un projet appelé à marquer durablement la vie du sanctuaire.
La première sera consacrée à la Miséricorde avec sainte Faustine Kowalska, apôtre de la Divine Miséricorde.
La quatrième ouvrira les pèlerins à la spiritualité du Sacré-Cœur avec sainte Joséfa Menéndez.
Par cette initiative, le sanctuaire entend offrir aux fidèles un véritable parcours de conversion, prolongeant la grâce de la neuvaine tout au long de l'année.

Une Église portée par ses bénévoles
À l'issue de la célébration, Xavier Coriolan, au nom du conseil pastoral paroissial, a exprimé la gratitude de toute la communauté envers les centaines de bénévoles, les prêtres, les prédicateurs, les chorales, les équipes liturgiques, les services techniques, les partenaires institutionnels et les milliers de pèlerins qui ont fait de cette neuvaine un authentique temps de grâce.
Il a rappelé que cette réussite était avant tout celle d'une communauté unie autour du Christ, à l'école de Marie, et tournée vers la mission.
Une tradition vivante
À Basse-Terre, la fête de Notre-Dame du Mont-Carmel dépasse désormais largement le cadre d'une simple fête patronale.
Elle est devenue un rendez-vous majeur de la vie spirituelle du diocèse, un temps où la piété populaire rejoint la richesse de la liturgie, où les générations se retrouvent dans une même démarche de foi et où le sanctuaire affirme toujours davantage sa vocation de lieu de prière, de conversion et d'évangélisation.
À travers cette procession, cette neuvaine et les projets qui se dessinent désormais pour l'avenir, Notre-Dame du Mont-Carmel continue de rassembler son peuple et d'inviter chacun à marcher à la suite du Christ. Plus qu'un héritage, cette ferveur est aujourd'hui une réalité vivante, portée par toute une communauté qui entend faire rayonner, bien au-delà de Basse-Terre, la joie de croire et l'espérance chrétienne.
Revivre la fête en images
Pour prolonger ce grand moment de foi et de communion, les fidèles peuvent revivre l'intégralité de la procession mariale ainsi que la messe solennelle de la fête de Notre-Dame du Mont-Carmel 2026 grâce aux retransmissions réalisées par le service communication du diocèse. Les célébrations, diffusées en direct sur les réseaux sociaux du diocèse et sur Radio Massabielle, demeurent accessibles en replay.
▶ Retrouvez la procession mariale en cliquant sur ce lien.
▶ Revivez la messe solennelle de clôture en cliquant sur ce lien.
Que ces images permettent à ceux qui étaient présents de prolonger ce temps de grâce et à ceux qui n'ont pu participer de s'unir, à leur tour, à cette grande manifestation de foi populaire autour de Notre-Dame du Mont-Carmel.
Thierry FUNDERE (Avec Dimitri BAJAZET, Econome adjoint, Luiguy FOUMANN, chargé de communication et Xavier CORIOLAN) - Service diocésain de la communication - Diocèse de Guadeloupe

POUR ALLER PLUS LOIN
L’ homélie de Père Gérard FOUCAN, vicaire général du diocèse de Guadeloupe, lors de la messe solennelle de la Fête de Notre-Dame du Mont Carmel, à Basse-Terre
« Nou sé légliz, légliz sé nou tout’… »
« Nou sé légliz, légliz sé nou tout’… Voilà le chant qui est venu dans mon cœur alors que je préparais cette homélie. Frères et sœurs, chers pèlerins, d'une manière concrète et physique par cette belle grande procession, nous venons de marcher ensemble. Nous nous sommes mis en marche à la suite de la Vierge Marie et avec elle celle que nous fêtons en ce 16 juillet sous le vocable de Notre-Dame du Mont Carmel.
Marie, croyante en marche
La Vierge Marie a été elle-même une croyante en marche. Nous la voyons passer de Nazareth vers la montagne de Judée, de Nazareth à Bethléem, puis en exil en Égypte, retour vers Nazareth, en pèlerinage à Jérusalem, aux Noces de Cana et enfin au Golgotha et au Cénacle de Jérusalem.
Dans les sécheresses, continuer à espérer
Marchons et arrêtons-nous surtout ce soir à la première lecture, le récit évangélique. Tout comme la réalité de certaines communes de notre Guadeloupe la première lecture se situe dans un contexte de sécheresse. Elie se met en prière, il s'isole. Il se met dans une posture symbolique de concentration de soi-même. Pour lui, le reste du monde n'existe plus. Il a un geste de prostration profonde. Il attend la pluie bienfaisante qui va faire cesser la famine, mais cela ne se fait pas tout seul, ni par une seule prière rapide.
Comment ne pas penser à Jésus qui nous invite à prier sans cesse et sans se lasser. Puis, le serviteur aperçoit un petit nuage gros comme la main d'un homme, c'est presque insignifiant. Pourtant, Elie reconnaît déjà le signe de l'action de Dieu. Enfin, la grande pluie tant désirée va faire cesser la famine.
Frères et sœurs, chers pèlerins, nous avons pris le temps de prier durant cette neuvaine, de confier au Seigneur, à la Vierge, telle ou telle souci. Le seigneur, par l'intermédiaire de Notre-Dame du Mont-carmel a déjà peut-être agi ou alors il agira en temps voulu. Parce que de toute manière tan a bondyé apa tan an nou.
De plus nous vivons parfois des périodes de sécheresse spirituelle : prière difficile, foi moins vive, épreuves nombreuses. Dans ces moments, la Vierge Marie nous apprend à ne pas abandonner. Comme Elie, elle nous invite à continuer à regarder vers l'horizon avec espérance.
Marie debout au pied de la croix
Par ailleurs, la page d’évangile nous présente la Vierge Marie confrontée à des épreuves. Contemplons Marie debout au pied de la croix, associée à la Passion de son fils, donnée pour mère à Saint Jean et en sa personne à toute l'Eglise et à chacun de nous. En offrant son fils pour nous elle est devenue notre mère et nous sommes devenus ses fils.
Au pied de la croix, Marie se tenait debout. Elle est là, présente, auprès de son fils, l'accompagnant dans sa passion, l'assistant de tout son amour maternel et puissant, très certainement pris en silence de tout son cœur. Malgré l'injustice frappant son fils, malgré la douleur fulgurante qui la traverse, douleur annoncée il y a bien longtemps par Siméon : Toi-même, un glaive te transpercera le cœur (Lc 2, 35). Malgré tout cela, elle ne se révolte pas, ni contre les hommes, ni contre Dieu elle ne s'effondre pas non plus, elle demeure debout.
Traverser l’épreuve dans la foi
Frères et sœurs, chers pèlerins, avec Jésus la Vierge Marie est notre modèle pour vivre nos épreuves puisqu'elle les a elle-même connus et traversé sans jamais pêcher. En adoptant en permanence l'attitude juste aux yeux du Seigneur. Alors, demandons-lui son aide sa prière, pour la suivre dans son chemin de confiance, d'humilité de sagesse, d’abandon à la volonté de Dieu lorsque comme dans sa vie le changement nous bouleverse, l'inquiétude nous assaille, l’injustice nous frappe, la séparation nous accable.
Inspirons-nous d'elle pour rester fidèle à la prière et surtout à l'amour. Inspirons-nous d'elle pour oser témoigner de notre foi, de notre joie de croire, de notre fierté d'avoir le Seigneur dans notre vie.
Oser témoigner de notre foi
Et voilà que la neuvaine se termine avec comme thème ‘’Avec Notre-Dame du Mont Carmel, Mère du Christ et Mère de l'Eglise osons témoigner de notre Foi’’. Permettez-moi de vous rappeler les différentes facettes du témoignage évoquées durant cette neuvaine : témoigner au cœur de nos familles, témoigner par notre engagement paroissial et missionnaire, témoigner en encourageant les jeunes, témoigner par le mariage chrétien, témoigner en soutenant les plus fragiles, témoigner en refusant la haine et en choisissant le pardon, témoigner par le don de sa vie, témoigner de sa foi dans la vie quotidienne, témoigner en devenant lumière pour le monde.
Chers pèlerins je n'en doute pas cette neuvaine a été vécu de façon très intense. Qu'est-ce que nous décidons de changer dans notre vie, dans notre foi, dans notre famille. Comme le dit si bien ce chant qui est venu dans mon cœur la veille du début de la neuvaine : ne rentrez pas chez vous comme avant. Oui, ne rentrons pas tout à l'heure chez nous comme avant.
Avec Jésus-Christ en Église, participer et témoigner
N'oublions jamais, n'oublions pas, l'orientation que nous propose notre évêque pour cette année : Avec Jésus-Christ en Eglise, participons et témoignons. Avouons qu'il est tentant pour nous de rester dans notre coin, de rester enfermé sur nous-mêmes car nous avons été déçus ou nous avons rencontré d’énormes difficultés avec XY ou Z. Alors nous disons apwézan ou pé paf è pon moun konfyans, an préféré rété a kaz an mwen trankil le cha… eh bien a pa sa bondyé ka mandé nou.
Un chrétien seul est un chrétien en danger. La mission ne se vit jamais seule mais à plusieurs. La mission se vit toujours avec Jésus-Christ en Eglise, participons et témoignons. Oui bondyé pas inmé feinyan. Il ne suffit pas d'avoir bien vécu cette neuvaine, d’être comblé de nombreuses grâces et de les garder pour nous. Nous avons à ressortir de cette neuvaine, de cette grande fête du Carmel autrement, avec un autre état d'esprit, avec la volonté, la détermination de participer et de témoigner.
Une Guadeloupe qui a besoin de témoins
Frères et sœurs, chers pèlerins, plus que jamais notre Guadeloupe a besoin de chrétiens convaincus. Elle a besoin de chrétiens qui osent témoigner avec simplicité, sans peur, ni agressivité par leurs paroles, leur manière de vivre, leur solidarité, leur pardon et leur espérance. Autour de nous, beaucoup cherche un sens à leur vie, une paix intérieure, une raison de croire. Eh bien le Seigneur nous envoie vers eux.
Prière à Notre-Dame du Mont Carmel
Seigneur notre Dieu, nous te rendons grâce pour le don de la Vierge Marie, Notre-Dame du Mont Carmel. Au pied de la croix ton Fils nous l'a donné pour Mère. Donne-nous la grâce de l'accueillir dans notre vie comme le disciple bien-aimé. Apprends-nous avec elle à chanter chaque jour le Magnificat, à reconnaître tes merveilles, à te faire confiance dans les jours de sécheresse, à garder l'espérance lorsque les nuages semblent encore si petits.
Par l'intercession de la Vierge Marie fait de nous des témoins courageux de l'Evangile. Que dans notre Guadeloupe, mais aussi au-delà de la Guadeloupe, nous ne craignons pas de dire notre foi, de vivre la charité, de semer la paix, de relever ceux qui sont découragés, et d'annoncer par toute notre vie que ton fils est vivant.
Notre-Dame du mont Carmel, apprends-nous à conduire nos frères et nos sœurs vers Jésus, afin que notre peuple chante avec toi, le puissant fit pour moi des merveilles, saint est son nom. Notre-Dame du Mont Carmel, Priez pour nous. Amen »
Retranscription de l'homélie de Père Gérard FOUCAN, Vicaire général ( Service diocésain de la communication)
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