L’église du Sacré-Cœur affichait complet dimanche matin 7 juin 2028, à 8h. De nombreux fidèles venus pour certains en familles, jeunes, personnes plus âgées, membres des mouvements paroissiaux, catéchistes, servants d’autel et des chrétiens venus parfois de plusieurs communes de l’archipel ont participé avec ferveur à cette grande fête de l’année liturgique. C’est donc dans une atmosphère recueillie, priante, portée par les chants de la chorale que l’assemblée avec intensité cette solennité du Saint-Sacrement, du Corps et du Sang de Jésus.
Dans son homélie, le Père Jean-Lucien JOSEPH, curé de la paroisse, a invité les fidèles à approfondir leur compréhension du mystère eucharistique à partir de l’Évangile de saint Jean. Il a d’abord souligné l’incompréhension qui traverse souvent les dialogues entre Jésus et ses contemporains. « Sœurs et frères, l'Évangile que nous venons d'entendre nous présente un dialogue entre Jésus et ses interlocuteurs. Un dialogue qui tourne rapidement à l'incompréhension. Jésus affirme "Le pain que je donnerai, c'est ma chair pour la vie du monde". Et immédiatement, ses auditeurs protestent. Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? »
D'où vient ce malentendu s’est-il interrogé. « Si vous parcourez l'Évangile, vous verrez, surtout dans l'évangile de Jean, que les interlocuteurs de Jésus sont presque toujours sur un autre registre que lui. Prenons quelques exemples, rappelons-nous Nicodème. Nicodème, qui pense à une naissance biologique quand Jésus parle de renaître de l'esprit. La Samaritaine qui pense à l'eau du puits, quand Jésus, lui, il parle de l'eau vive. Marthe, la sœur de Lazare, qui pense à la résurrection à la fin des temps, quand Jésus, lui, il dit : Je suis la résurrection et la vie. Hélas, nous regardons toujours les réalités avec les yeux de la chair, quand Jésus lui, il les révèle avec les yeux de Dieu ».

Une homélie centrée sur le mystère de l’Eucharistie
Pour illustrer davantage sa réflexion, le curé du Sacré-Coeur a mis en lumière la tentation permanente de l’autosuffisance humaine. « Accepter de recevoir sa vie d'un autre est difficile pour nous, les êtres humains, et cela depuis les origines. L'humanité a toujours eu cette tentation de vivre sans Dieu. Adam voulait décider par lui-même du bien et du mal. Les bâtisseurs de Babel voulaient atteindre le ciel par leur propre force. Israël, au désert, murmurait contre Dieu, alors même que ce peuple recevait chaque jour la manne. Et cette tentation demeure encore aujourd'hui. Combien de nos contemporains et combien de fois nous entendons ce discours : mais nous allons bien sur cette terre, nous vivons bien, qu'avons-nous besoin de Dieu ? Et il faut reconnaître que ce discours, en apparence, est vrai. Nous pouvons travailler, nous pouvons manger, nous pouvons réussir, voyager, bâtir une carrière sans jamais penser à Dieu. Notre société d'abondance nous donne souvent l'illusion de l'autosuffisance. L'homme peut se satisfaire. Mais vivre biologiquement, ne signifie pas vivre pleinement ».
« Certes, nous pouvons être en bonne santé, avoir de quoi manger, avoir un travail, une famille, des projets et même une certaine réussite. Nous pouvons posséder tous les biens de la terre et donner l'impression que rien ne nous manque. Pourtant, combien de personnes, malgré cette abondance, éprouvent un vide intérieur, une solitude ? Une absence de sens ou une inquiétude qui ne les quittent jamais. Pourquoi ? La raison est simple, c'est qu'il existe en nous, il existe en l'homme une autre dimension que la dimension corporelle. Une dimension spirituelle, un désir d'infini, un désir d'amour, un désir d'absolu, un désir de vérité qui ne peut être comblé que par les réalités matérielles, mais qui peut être comblé seulement par les réalités célestes. Saint Augustin l'avait admirablement exprimé dans cette prière, ‘’tu nous as fait pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu'il ne repose en toi’’. Et Jésus, il vient précisément pour répondre à cette faim-là » a-t-il poursuivi.

« Ainsi, communier, recevoir la communion, ce n'est pas seulement entendre les paroles de Jésus, c'est incorporer Jésus, c'est laisser la vie de Jésus devenir notre vie, c'est goûter Jésus. Le ruminer, l'assimiler jusqu'à ce qu'il descende de notre intelligence jusque dans nos entrailles et transforme toute notre existence
« Voilà pourquoi Jésus insiste avec une force étonnante. Dans tout le chapitre 6 de l'Évangile selon Saint Jean, Jésus répète : Si vous ne mangez pas la chair du fils de l'homme et si vous ne buvez pas son sang, vous n'avez pas la vie en vous. Nous pourrions aussi nous poser une autre question : pourquoi faut-il manger la chair de Jésus pour avoir la vie ? Est-ce que la parole de Jésus ne suffit pas ? N'est-ce pas Jésus lui-même qui a dit : Mes paroles sont esprit et elles sont vie ? En réalité, Jésus sait que notre salut ne pouvait pas venir seulement d'un enseignement. Si quelques paroles seulement pouvaient suffire, Dieu aurait simplement envoyé un prophète de plus. Mais c'est Dieu lui-même qui est venu, comme Jésus l'a dit dans l'Évangile, je suis le pain qui est descendu du ciel. C'est Dieu lui-même qui est venu pour se faire chair. Pourquoi Dieu est-il descendu ? Parce qu'il ne veut pas simplement nous instruire, il ne veut pas simplement nous donner un enseignement. D'ailleurs, c'est ce que nous montrent plusieurs passages de l'Évangile » a également enseigné Père Jean-Lucien.
Le Christ veut aussi nourrir notre être
« Souvent, après avoir longuement enseigné les foules, Jésus ne les renvoie pas simplement chez eux, avec un beau discours. Jésus multiplie les pains pour les nourrir. Ce pain matériel que Jésus multiplie annonce un autre pain bien plus grand, celui qu'il donnera dans l'eucharistie. Car le Christ ne veut pas seulement éclairer notre intelligence avec sa parole. Le Christ veut aussi nourrir notre être tout entier en se donnant lui-même à nous. La preuve est grande, nous avons tous, ou presque tous, une Bible chez, nous pouvons écouter l'Évangile et t refermer le livre ensuite. Nous pouvons admirer les paroles de Jésus sans qu'elles changent réellement notre existence. Nous pouvons même comprendre intellectuellement les paroles de Jésus sans les laisser transformer notre cœur. Eh bien, Jésus veut davantage. Parce que dans la logique du vivant, biologiquement, manger, c'est le moyen le plus profond de faire sien, ce que l'on reçoit. Ce qui est mangé, devient notre propre chair » a-t-il ajouté.

Puis, insistant sur le réalisme de la communion eucharistique, Père Jean-Lucien a affirmé. « Ainsi, communier, recevoir la communion, ce n'est pas seulement entendre les paroles de Jésus, c'est incorporer Jésus, c'est laisser la vie de Jésus devenir notre vie, c'est goûter Jésus. Le ruminer, l'assimiler jusqu'à ce qu'il descende de notre intelligence jusque dans nos entrailles et transforme toute notre existence. Voilà pourquoi Jésus veut absolument se donner en nourriture. Ce qui est mangé devient notre propre chair. Déjà au désert, Dieu nourrissait son peuple avec la manne pour qu'il apprenne qu'il dépend de ce qui vient de Dieu. Aujourd’hui, le Christ nous donne le vrai pain du ciel, son corps livré, son sang versé. Sans cette nourriture, notre vie spirituelle s'épuise, notre vie spirituelle s'effondre et les saints l'ont bien compris. Écoutez seulement quelques paroles de quelques saints. Sainte Teresa de Calcutta disait "Sans l'eucharistie, je ne pourrai pas vivre, je ne pourrai pas aimer et je ne pourrai pas servir les autres ". Le Padre Pio affirmait. Il est plus facile de vivre au monde sans soleil que de vivre sans la messe. Il avait découvert que l'eucharistie n'est pas un supplément de vie. L'eucharistie, c'est le cœur même de la vie, c'est le cœur battant ».
Le danger de l’habitude, de la banalisation
« Et malheureusement, avec ce grand trésor que nous avons dans nos mains, nous courons un grand danger, le danger de l'habitude. L'être humain finit toujours par banaliser ce qu'il voit trop souvent, ce qu'il reçoit trop souvent. Nous nous habituons au soleil qui se lève chaque matin, nous ne nous posons même plus la question. Nous nous habituons à l'amour de nos proches. Nous nous habituons à ce que nous allions en bonne santé et malheureusement, nous nous habituons aussi à l'eucharistie, hélas. Et cela se manifeste de multiples façons. Lorsque nous arrivons à la messe sans préparation intérieure. Lorsque nous consultons notre téléphone quelques instants avant la célébration, sans prendre un temps de silence ou pire, laisser son téléphone allumé pour déranger les autres pendant la messe. Lorsque nous communions machinalement, sans conscience de ce don immense qui nous est fait. Lorsque nous quittons l'Église aussitôt après la bénédiction, dans le vacarme, en oubliant celui que nous venons de recevoir, sans même lui dire merci pour ce don. Lorsque nous faisons de la messe une activité parmi d'autres, comparable à une formalité et non pas une obligation. Oui, la messe est une obligation, tu honoreras le jour du Seigneur ! Ou encore lorsque nous pensons que manquer l'eucharistie n'a finalement pas beaucoup d'importance. Quelle erreur » a prêché le curé du Sacré-Coeur.

Une rencontre réelle avec le Christ vivant
« Chaque messe, à chaque messe, c'est le ciel qui s'ouvre sur la terre. Saint Carlo Acutis, qui a été canonisé récemment, disait que l'eucharistie, c'est l'autoroute qui conduit vers le ciel. Chaque communion est une rencontre réelle avec le Christ vivant, avec le Christ présent. Et cette communion se construit, cette communion nous construit, pas seulement notre relation personnelle avec Dieu, cette communion construit aussi le corps que nous formons. C'est ce que Saint Paul vient de nous rappeler. Puisqu'il y a un seul pain, nous sommes tous un seul corps. La communion nous construit, elle construit aussi le corps que nous formons, l'Église, le corps que nous formons avec les autres. En recevant le corps du Christ, nous devenons davantage le corps du Christ, donc l'Église. On ne peut pas partager le même pain et continuer à nourrir de la haine, de la rancune ou l'indifférence. On ne peut pas recevoir le Christ et continuer à mépriser celui qui est assis à côté de nous. Écoutez ce que disait Saint Augustin à propos de ce fait que l'eucharistie construit le corps du Christ » enseigna de même Père Jean-Lucien, avec le charisme de prédicateur qu’on lui connaît.
« Saint Augustin disait que la vertu propre de l'Eucharistie, c'est de produire l'unité. La vertu propre de l'Eucharistie, c'est de produire l'unité afin que nous devenions ce que nous recevons, le corps du Christ. D'ailleurs, vous connaissez bien ce chant, devenez ce que vous recevez, devenez le corps du Christ. Voilà le véritable miracle de la fête que nous célébrons aujourd'hui. Dieu ne se contente pas de venir à chacun individuellement. Dieu fait de nous un peuple, une famille, un corps vivant dont le Christ est la tête. Et chacun de nous, un membre, chacun de nous » a dit le curé du Sacré-Cœur.
Pourquoi marcher en procession à la suite du Saint-Sacrement
Ensuite, évoquant la procession au Saint-Sacrement prévue après cette célébration dans les rues du quartier de l’assainissement, Père Jean-Lucien JOSEPH a insisté sur le sens profond de cette démarche spirituelle. « Ce geste, ce n'est pas simplement une tradition, un folklore. Ce geste, ce n'est pas simplement. Une manifestation extérieure de notre foi. Ce geste exprime une vérité profonde le Christ ne veut pas rester enfermé à l'intérieur des murs de nos églises. Le Christ veut marcher au milieu de son peuple. Le Christ veut habiter nos rues. Le Christ veut habiter nos maisons, le Christ veut habiter nos lieux de travail, le Christ veut habiter toutes les réalités de notre vie. En portant le Saint Sacrement, à travers les rues, nous proclamons que Jésus est le Seigneur de toute notre existence et que sa présence est une bénédiction à la fois pour nous, mais aussi pour le monde. Mais sachez que cette procession nous engage aussi. Si nous suivons le Christ dans les rues aujourd'hui, c'est pour apprendre ensuite à le porter en nous, partout où nous irons ».

« La plus belle procession est celle qui continue demain et encore après-demain, lorsque chaque baptisé, lorsque chacun de nous, nourri du corps du Christ, devient à son tour une présence vivante du Christ auprès de ses frères. Ainsi, celui que nous adorons, dans l'hostie consacrée veut aussi être reconnu à travers la charité, à travers le pardon, à travers le service, à travers l'amour que nous vivons chaque jour. En cette solennité du corps et du sang du Christ, demandons la grâce au Seigneur, cette grâce de retrouver l'émerveillement devant le miracle de l'Eucharistie. Nous nous habituons trop à ce miracle. Chaque fois que nous nous avançons vers l'autel, c'est le Christ lui-même qui se donne à nous pour que nous vivions de sa vie. Et chaque fois que nous repartons de nos églises, c'est son corps vivant que nous sommes appelés à devenir dans le monde, afin que les autres, afin que nos frères et sœurs puissent reconnaître à travers notre charité, à travers notre comportement, à travers notre regard, à travers nos paroles, à travers notre pardon et notre unité, la présence de celui qui nous a dit : Je suis le pain vivant descendu du ciel. Celui qui mangera de ce pain vivra éternellement » a conclue Père Jean-Lucien JOSEPH dans son homélie.

Une communauté paroissiale pleinement mobilisée et impliquée
Cette magnifique célébration a également mis en lumière l’engagement remarquable des nombreux acteurs de la vie paroissiale. Les servants d’autel ont assuré avec sérieux et rigueur le service liturgique. La chorale a contribué à la beauté de la célébration par la qualité de son animation. Les bénévoles de la sacristie, les accompagnateurs de la catéchèse, les membres des différents groupes paroissiaux ainsi que toutes les personnes de bonne volonté qui œuvrent discrètement tout au long de l’année ont été chaleureusement salués pour leur disponibilité et leur dévouement.
Leur implication ne s’est pas limitée à cette seule journée. Depuis le début de la neuvaine préparatoire à la fête patronale du Sacré-Cœur, chacun participe activement à l’organisation des célébrations, des temps de prière et des différents services nécessaires à la vie de la communauté.
À l’issue de la messe, une belle procession du Saint-Sacrement s’est déployée dans les rues du quartier de l’Assainissement. Derrière l’ostensoir porté avec solennité, des centaines de fidèles ont marché en priant et en chantant, témoignant publiquement de leur foi au Christ présent dans l’Eucharistie. Cette procession a constitué l’un des temps forts de la matinée, manifestant l’attachement profond de la communauté à cette tradition séculaire de l’Église.
À quelques jours de la fête du Sacré-Cœur, cette célébration du Saint-Sacrement aura constitué un moment fort de communion, de témoignage et d’espérance pour toute la paroisse, confirmant la vitalité de cette communauté chrétienne au cœur de Pointe-à-Pitre.
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Thierry FUNDERE (Photos : Gladys FUNDERE)
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