[DOSSIER] – Visite des évêques des Antilles au Vatican : Quels ont été les sujets dominants ?


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samedi 2 mai 2026
Diocèse de Guadeloupe

Durant la semaine du 27 avril au 2 mai 2026, dans le cadre de leur visite Ad-Limina à Rome, les évêques et archevêques de la Conférence Episcopale des Antilles, dont font partie les diocèses de Guadeloupe, de Martinique et de Guyane, ont rencontré les Dicastères du Vatican. Ces temps d’échanges particulièrement riches précédaient leur audience avec le pape Léon XIV. De nombreux sujets liés aux défis de l’Eglise sur nos territoires, ont été abordés avec profondeur.

Les archevêques et évêques des Antilles étaient donc à Rome durant la semaine du 27 avril au 2 mai 2026. Un déplacement qui intervenait dans le cadre de leur visite Ad-Limina organisée tous les 5 ans et qui leur permet ainsi de faire le point avec le Saint-Siège à intervalle régulier sur la vie de l’Eglise où le peuple de Dieu leur est confié. C’est l’occasion aussi de partager avec le Vatican les enjeux et défis pastoraux de leurs territoires à la lumière de l’Evangile. Mais surtout de se ressourcer spirituellement.

Si l’audience avec le pape Léon XIV, deux heures durant, a constitué le sommet de cette semaine, les temps de prières, de recueillement, d’intériorité, d’Eucharisties, singulièrement aux tombeaux de Saint Paul et de Saint Pierre, de même que sur la tombe du pape François, ont été des instants de grande portée spirituelle pour les pasteurs de nos diocèses des Antilles. 

Reste que ce sont les séances de travail avec les différents Dicastères du Vatican qui les ont le plus mobilisés chaque jour. Pour rappel, un dicastère à Rome est un organisme de la Curie romaine, c’est-à-dire de l’ensemble des institutions qui assistent le pape dans le gouvernement de l’Église catholique. C’est l’équivalent d’un ministère dans un gouvernement. Chaque dicastère est chargé d’un domaine précis (par exemple : la doctrine, l’Evangélisation, les laïcs, la liturgie, la charité…) et travaille au service du pape pour orienter, coordonner et soutenir la vie de l’Église dans le monde. Depuis la réforme de la Curie par le pape François en 2022 (constitution Praedicate Evangelium), le terme « dicastère » est devenu le nom générique pour désigner ces différents services. Chaque dicastère est généralement dirigé par un préfet (souvent un cardinal) ou un responsable équivalent.

Le grand défi partagé de la famille et du mariage sacramentelle

La délégation de la Conférence Episcopale des Antilles, dont Mgr Philippe GUIOUGOU, évêque de Guadeloupe, Mgr David MACAIRE, archevêque de Martinique et Mgr Alain RANSAY, évêque de Guyane, a donc fait le tour de nombre de ces Dicastères au rang desquels ceux en charge des Laïcs, de la Famille et de la Vie, de la Cause des Saints, de la Communication, du dialogue interreligieux, de l’Evangélisation, de la protection des mineurs, sans oublier la Commission Amérique latine. Le contenu de tous ces échanges témoigne de la profondeur spirituelle de cette visite Ad-Limina de nos archevêques et évêques des Antilles à Rome.

De ces séances de travail se dégage une vision à la fois lucide et remplie d’espérance de l’Église dans la Caraïbe, appelée à se renouveler face à des mutations sociales, culturelles et spirituelles profondes. Au cœur des préoccupations pastorales figure la question du mariage et de la vie familiale. Les évêques ont constaté un affaiblissement marqué du mariage sacramentel, de plus en plus marginalisé au profit d’unions de fait ou de cérémonies civiles. Cette évolution, influencée notamment par des facteurs culturels, économiques et par l’impact du tourisme et de la mondialisation, traduit une certaine hésitation face à l’engagement durable.

Pourtant, loin de se limiter à un constat préoccupant, les échanges ont mis en lumière des opportunités : la qualité reconnue de la préparation au mariage et la nécessité d’un accompagnement plus large, enraciné dans la réalité des relations humaines. Dans la ligne d’*Amoris Laetitia*, il s’agit moins d’imposer un idéal abstrait que de cheminer avec les personnes, en les aidant à grandir progressivement vers la plénitude du mariage chrétien.

La Caraïbe, terre fertile de sainteté

Cette attention à la vie concrète trouve un écho dans la réflexion sur la sainteté. Les évêques, en dialogue avec le dicastère compétent, ont été invités à reconnaître la Caraïbe comme une terre féconde en témoins de l’Évangile. Si peu de figures locales ont encore été officiellement proposées à l’Église universelle, de nombreux signes attestent d’une sainteté vécue au quotidien, parfois discrète mais réelle. Le défi consiste désormais à mieux discerner, documenter et promouvoir ces vies, tout en renforçant les structures nécessaires, comme la formation de postulateurs ou la création de bureaux dédiés. La sainteté apparaît ainsi non comme une réalité lointaine, mais comme une vocation enracinée dans l’expérience du peuple de Dieu.

Dans un monde en mutation rapide, la question de la communication s’impose également avec force. Les échanges ont souligné que la présence de l’Église dans la culture numérique ne peut être purement technique : elle doit être relationnelle, authentique et orientée vers la rencontre. L’enjeu est de rejoindre les personnes là où elles se trouvent, en particulier les jeunes, en adoptant un langage accessible et en investissant les nouveaux espaces culturels. Face aux défis de la désinformation et de la superficialité, l’Église est appelée à proposer une parole crédible, incarnée et porteuse de sens, capable de nourrir un véritable humanisme numérique.

Une Eglise catholique aux Antilles profondément ancrée dans les réalités de ses territoires

Les discussions avec la Commission pour l’Amérique latine ont mis en évidence des sujets de préoccupations mais aussi les perspectives d’un renouveau missionnaire. Les difficultés économiques, la baisse de la pratique religieuse et les fragilités de la catéchèse appellent une transformation en profondeur. Il ne s’agit plus seulement de transmettre un contenu, mais de former des disciples missionnaires, enracinés dans une communauté vivante et capables de témoigner dans leur culture. Dans ce contexte, les évêques ont exprimé à la fois leur besoin de soutien et leur désir d’une plus grande responsabilité locale. La collaboration régionale, notamment à travers des projets culturels et pastoraux, apparaît comme une voie prometteuse pour dépasser l’isolement et raviver la dynamique missionnaire.

Enfin, la richesse du contexte caribéen s’exprime de manière particulière dans le domaine du dialogue interreligieux. Marquée par une histoire de diversité et de coexistence, la région offre l’exemple d’un « dialogue de la vie » souvent spontané et concret. Les relations entre communautés religieuses y sont généralement empreintes de respect et de collaboration, notamment autour des enjeux sociaux. Toutefois, de nouveaux défis émergent, liés à la mondialisation, à l’apparition de mouvements religieux structurés et aux questions de mémoire historique, comme celles liées à l’esclavage. Dans ce contexte, l’Église est appelée à approfondir sa formation, à affiner son discernement et à promouvoir une culture de la fraternité, capable de répondre aux tensions du monde contemporain.

À travers l’ensemble de ces échanges, une conviction commune se dégage : l’avenir de l’Église dans la Caraïbe passe par un renouvellement de l’imagination pastorale. Qu’il s’agisse d’accompagner les familles, de promouvoir la sainteté, d’habiter le monde numérique, de renforcer la mission ou de cultiver le dialogue, il s’agit toujours de partir de la réalité des personnes pour les conduire vers une communion plus profonde. Dans un contexte marqué à la fois par la fragilité et la vitalité, l’Église est invitée à reconnaître les semences déjà présentes, à les faire grandir et à en faire des signes d’espérance à vivre dès aujourd’hui pour les voir prospérer demain.

Thierry FUNDERE, service diocésain de la communication (Avec la Conférence Episcopale des Antilles)

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