Education : Guillaume PREVOST, Secrétaire Général de l’Enseignement catholique en France était l’invité spécial de Radio Massabielle


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mercredi 22 avril 2026
Diocèse de Guadeloupe

Au terme de sa visite en Guadeloupe, le Secrétaire Général de l’Enseignement catholique, Guillaume PREVOST a accordé un long entretien à Radio Massabielle. Dans cette interview, il a fait le bilan de son déplacement, rappelant la place essentielle de nos établissements aux côtés de ceux de l’Etat dans notre société en pleine mutation et en manque d’espérance.

Thierry FUNDERE : C'est votre premier déplacement dans nos régions depuis votre récente nomination et prise de fonction. Quel regard portez-vous sur la situation actuelle de l'enseignement catholique en Guadeloupe après vos différentes rencontres avec les acteurs locaux ?

Guillaume PREVOST : Ce que je retiens, c'est l'énergie des personnes. J'ai rencontré les chefs d'établissement, les élèves, les acteurs associatifs, les bénévoles qui font vivre nos établissements, notamment les présidents d'OGEC qui portent nos établissements et les parents d'élèves. Et j'ai vu, j'ai ressenti une énergie, une passion, un investissement qui me réjouisse le cœur. Parce que c'est vraiment au fond, le cœur du projet de l'enseignement catholique, la valorisation des personnes, l'initiative. Ce n'est qu'à ce prix que notre projet éducatif a du sens pour les enfants.

Thierry FUNDERE : Vos échanges vous ont permis, on l'imagine, de mieux appréhender les enjeux et les grands défis de l'enseignement catholique en Guadeloupe. J'ai envie de dire, la bonne nouvelle, c'est qu'il y a largement de quoi faire.

Guillaume PREVOST : Exactement, et c'est de ce point de vue. Vous savez, le débat est un peu parasité par la question démographique. Vous savez, l'enseignement catholique en Guadeloupe, c'est 10% de l'offre scolaire, et notamment beaucoup moins au lycée, et très peu d'enseignement supérieur. Donc en fait, quand on regarde bien les choses, il y a vraiment des marges de manœuvre, de développement. Pour proposer d'autres choses, pour apporter des nouvelles propositions aux enfants et aux familles. Je pense notamment aux supérieurs parce qu’un enfant il a pas forcément vocation à partir à 18 ans et que nous devons être en mesure de proposer des parcours différenciés correspondant aux attentes, aux aspirations, aux talents de nos jeunes pour leur permettre de s'épanouir le plus longtemps possible, le au plus proche de leur famille et de leur foyer.

Le véritable enjeu pour l'enseignement catholique, c'est d'être un acteur d'espérance. C'est d'annoncer cette bonne nouvelle auprès des jeunes, auprès des familles, auprès des enseignants, parce que nous vivons une époque qui a besoin d'espérance.

Thierry FUNDERE : Le recul démographique est-il aujourd'hui le principal défi ou masque-t-il d'autres fragilités plus profondes ?

Guillaume PREVOST : Je ne crois pas. Evidemment, vous savez, on est toujours les yeux sur les moyens, mais et c'est normal, et c'est bien que on se pose la question des moyens. Et évidemment, la question des moyens. Elle est liée au nombre d'enfants qu'on a dans nos établissements. Mais d'abord, les enfants, on ne va pas les inventer. Les enfants, ne naissent pas à 3 ans, donc la démographie elle est donnée, il faut faire avec. Et je pense qu'il s'agit de passer d'une vision essentiellement tournée vers les moyens à une mission plus tournée vers les fins. À quoi servons-nous, pourquoi éduquons-nous nos enfants, de quoi ont-ils besoin, qu'est-ce qu'ils viennent chercher auprès de nous, qu'est ce qui se joue dans la relation éducative, quels sont les grands défis auxquels nous devons répondre ? ? Je crois que c'est ça l'enjeu. Et moi, je suis plus préoccupé par la question, par exemple, de la santé mentale des jeunes, de la crise d'espérance que nous vivons aussi bien chez les enfants, chez les adultes, que par la question démographique. Et je vais même vous dire, ma conviction, c'est que cette crise démographique, elle est fondamentalement liée à une crise d'espérance. Et le véritable enjeu pour l'enseignement catholique, c'est d'être un acteur d'espérance. C'est d'annoncer cette bonne nouvelle auprès des jeunes, auprès des familles, auprès des enseignants, parce que nous vivons une époque qui a besoin d'espérance.

Sur le champ, par exemple, de l'alternance, sur le service civique, sur les expériences à l'étranger,nous devons être capables dans les prochaines années, dès 16 ans, de proposer des parcours plus variés, plus diversifiés, plus soucieux de la construction de la personne, qui correspondent mieux aux projets des enfants. C'est comme ça qu'on répondra au besoin de confiance.

Thierry FUNDERE : Il y a une question centrale comment maintenir un réseau d'établissements viable avec moins d’élèves ?

Guillaume PREVOST : Alors, moins d'élèves ? D'abord, ça dépend, parce que je vous l'ai dit, l'enseignement catholique en Guadeloupe, c'est 10%. Vous voyez, aujourd'hui, par exemple, à Paris, on est presque à 30% de l'offre, donc il y a des marges de développement. Les élèves, il faut aller les chercher là où ils sont. Et vous voyez, je pense que sur le segment après 16 ans, on les scolarise très peu. L'offre de lycées, notamment professionnels, peut évoluer, peut s'enrichir. En plus, c'est intéressant parce que on va à la rencontre de jeunes un peu en difficulté qui ne sont pas forcément les jeunes qui sont le plus scolarisés dans les établissements. Donc là, je pense que, au lieu de se focaliser sur les segments ou les créneaux sur lesquels on est déjà, tout l'enjeu pour nous, c'est d'aller à la rencontre de nouveaux publics et notamment, je pense, sur la question du supérieur. Et sur la question aussi périscolaire, sur la petite enfance, sur les centres de loisirs, sur l'offre éducative globale. Vous savez, l'enseignement catholique, c'est d'abord un projet d'éducation avant d'être un projet d'instruction. Et de ce point de vue-là, je crois que l'époque que nous traversons, qui montre un peu les limites d'une école trop scolaire, est l'occasion pour nous d'approfondir la singularité, la profondeur, la sincérité du projet éducatif de l'Église.

Thierry FUNDERE : Et comment, selon vous, renforcer l'attractivité de l'enseignement catholique auprès des familles dans ce contexte, on l'a dit, de baisse des naissances ?

Guillaume PREVOST : Je crois qu’une des grandes questions que se posent les jeunes, c'est quand même l'insertion, l'accès au monde du travail. Il y a encore 20, 30 ans, avoir un diplôme, c'était un accès garanti au travail, à l'emploi, à un niveau de salaire, à une reconnaissance sociale. Ce n’est plus le cas aujourd'hui. Aujourd'hui, les jeunes ils peuvent avoir un master, pas avoir de travail. Ils peuvent parfois avoir plusieurs masters et pas trouver les opportunités qui leur correspond. Et donc, je pense qu’un des enjeux pour nous, c'est de faire émerger des parcours qui correspondent mieux aux souhaits des jeunes, probablement moins scolaires. Vous voyez sur le champ, par exemple, de l'alternance, sur le service civique, sur les expériences à l'étranger, l'expérience de mobilité, nous devons être capables dans les prochaines années, dès 16 ans, de proposer des parcours plus variés, plus diversifiés, plus soucieux de la construction de la personne, qui correspondent mieux aux projets des enfants. C'est comme ça qu'on répondra au besoin de confiance. Encore une fois, je pense que c'est un terme clé, espérance, confiance. C'est là qu'on nous attend et c'est en étant fidèle à cette mission de l'école catholique, que l’on trouvera les moyens dont on a besoin pour assurer la pérennité de nos établissements.

Thierry FUNDERE : L'enseignement catholique. Guillaume Prévost peut-il capter de nouveaux publics où répondre à d'autres besoins dans le domaine de la formation continue, par exemple l'accompagnement des adultes ou encore les parcours de reconversion ?

Guillaume PREVOST : J'en suis très convaincu. Vous savez, ça fait 10 ans que les pouvoirs publics ont mis 15 milliards au niveau national dans le plan d'investissement dans les compétences. Et donc on a fait émerger plein de structures dans le champ du travail social, dans le champ de la formation continue avec le développement de la formation professionnelle, dont les équilibres financiers sont aujourd'hui remis en cause par le retrait des financements publics. Et on oublie souvent que l'enseignement catholique, c'est le premier mouvement associatif de France. On oublie souvent que l'enseignement catholique, c'est le premier acteur et de très loin de l'économie sociale et solidaire en France. Et ça veut dire que nos établissements, ne sont pas seulement des écoles, ce sont aussi des lieux de vie. Ce sont aussi des communautés où on se retrouve, où on peut porter des projets, où on peut avoir une offre associative, où on peut trouver les ressources dont on a besoin pour mener à bien un projet dans le champ de la petite enfance, de la formation professionnelle, dans le champ de du soutien à la parentalité. On sait que c'est un sujet qui est de plus en plus crucial pour notre pays et les Antilles ne font pas exception sur ce plan. Donc vous voyez, je crois qu'on on a des établissements qui sont plus agiles, plus souples, plus fondés sur l'initiative de personnes. Et donc dans ce moment de grand bouleversement que nous connaissons, l'école catholique, avec son agilité, sa plasticité, elle a de grands atouts pour être, pour devenir un acteur majeur de l'école, oui, mais aussi du lien social.

Thierry FUNDERE : Êtes-vous partisan d'une stratégie nationale adaptée spécifiquement aux territoires ultramarins ?

Guillaume PREVOST : On ne peut pas ignorer les spécificités des territoires ultramarins. D'abord, la question de l'éloignement. De façon évidente, on voit bien que y a une forme de centralisation de l'offre, par exemple de formation qui ne correspond pas aux besoins, et que prendre un avion pour aller suivre une offre de formation sur le lien avec les familles, c'est absurde. Vous voyez le lien avec les familles, elles sont là autour de vous. Donc si on envoie nos enseignants à Paris pour leur expliquer comment faire avec les familles ultramarines, je pense qu'on passe complètement à côté du sujet. Donc d'abord, la question de l'éloignement, la question des spécificités géographiques, la question de la proximité, véritable exigence pour nos écoles, fait que ce qui peut avoir du sens en termes de centralisation, mutualisation dans l'Hexagone en aura fatalement moins s'agissant des territoires ultramarins. Et puis l'autre chose, c'est que ces territoires, la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, mais aussi la Réunion, la Nouvelle Calédonie ont des histoires. Et ces histoires, on ne peut pas les ignorer parce que c'est des histoires humaines, ce sont des histoires de famille, ce sont des histoires de généalogie, ce sont des histoires de souffrance, ce sont des histoires de réussite. Ce sont des choses qu’on ne peut pas ignorer et qui font partie de l'environnement des enfants. Donc vous voyez que s'il y a bien un domaine dans lequel on ne peut pas ignorer l'histoire, dans lequel on ne peut pas ignorer les enjeux d'identité, les enjeux de construction de chaque personne, c'est bien l'éducation. Donc de ce point de vue-là, moi je suis très convaincu que les territoires d'outre-mer, sont une richesse pour nous parce qu’ils nous permettent d'être plus véritablement un outil au service de communautés vécues. Et donc oui, je crois qu’effectivement l'enseignement catholique en Guadeloupe, ce n’est pas l'enseignement catholique dans les Landes. Il y a des histoires différentes, il y a des situations géographiques humaines différentes et il faut en tenir compte, sinon on ne sera pas au rendez-vous des besoins des enfants et des familles.

Le cœur de notre projet, c'est d'annoncer la bonne nouvelle, la bonne nouvelle de Jésus Christ à tous les enfants qui nous sont confiés, à toutes les familles qui nous font confiance. Qu'elles soient catholiques, qu’elles ne soient pas catholiques, qu'elles soient riches, qu'elles soient pauvres, quelle que soit leur situation.

Thierry FUNDERE : Que dire des partenariats avec l'État et ou les acteurs privés ? Est-ce qu'ils doivent évoluer, ces partenariats ?

Guillaume PREVOST : On est depuis la loi Debré et même avant dans un partenariat privilégié avec l'État puisque nous sommes associés au service public de l'éducation. Cette association, elle évolue, c'est comme toute chose. Et puis tout n’est pas écrit dans la loi et c'est bien ainsi. On voit bien que la démographie, elle. bouleverse l'éducation nationale et nous, on n'a pas intérêt à ce que l'éducation nationale aille mal. L'enseignement catholique et l'enseignement public vont de pair, marchent main dans la main sur dans des situations qui sont très similaires. Et donc nous, face aux difficultés d'enseignement public, il faut qu'on bouge. Il faut qu'on bouge parce que l'enseignement catholique n'ira pas bien si l'enseignement public ne va pas bien. Donc il faut qu'on se donne les moyens. De mieux nous porter à la rencontre des difficultés de l'école publique. Et on voit bien par exemple en Guadeloupe que sur le nord Basse-Terre ou dans certaines zones où on n'est pas assez présent à Pointe-à-Pitre, on a des marges de manœuvre. J'en ai parlé avec le recteur. On en a parlé longuement avec le préfet, notamment en termes de politique de la ville, pour que l'enseignement catholique joue pleinement son rôle sur le plan de la cohésion sociale. Ensuite, il y a la question de du monde économique. Vous voyez, j'ai parlé de l'offre supérieure, j'ai parlé de l'accompagnement des familles. Ce sont des domaines dans lequel les entreprises ont des intérêts. Il faut qu'on arrive à mieux travailler avec les acteurs économiques pour identifier les filières, les besoins de formation. Vous savez, par exemple, je pense à aux filières de lycée professionnel, parfois c'est très illisible pour les familles, ces filières très spécialisées qui ne correspondent pas aux besoins forcément des entreprises. Je pense qu'aujourd'hui, de plus en plus, les entreprises elles ont besoin de gens bien formés sur le plan humain. Et là, l'enseignement catholique a vraiment des atouts, une crédibilité, une confiance. Je pense qu’une de nos forces, ça doit être justement de mieux travailler avec les acteurs du monde économique.

Thierry FUNDERE : Comment préserver l'identité chrétienne tout en restant ouvert à tous dans un contexte sociétal en totale mutation ?

Guillaume PREVOST : En étant fidèle à notre foi, en étant fidèle à l'appel de Dieu pour chacun de nous, c'est à dire pas une identité, pas une construction humaine, mais un appel à l'espérance, à la foi, à la charité. C'est en étant au rendez-vous des vertus théologales. Vous voyez cette belle phrase de Madeleine Delbrel "Nos racines sont au ciel." Voilà, notre projet, c'est de parler de Dieu. Le cœur de notre projet, c'est d'annoncer la bonne nouvelle, la bonne nouvelle de Jésus Christ à tous les enfants qui nous sont confiés, à toutes les familles qui nous font confiance. Qu'elles soient catholiques, qu’elles ne soient pas catholiques, qu'elles soient riches, qu'elles soient pauvres, quelle que soit leur situation, notre mission, c'est d'annoncer cette bonne nouvelle à tous les enfants. Tu as du prix à mes yeux et vous voyez que la question elle est moins de l'identité que du projet. Et notre projet, c'est un projet d'espérance.

L'État dit, vous devez respecter la liberté de conscience, vous devez être neutre. Nous, on dit, mais non, on doit respecter la liberté de conscience, mais on n'est pas neutre et donc c'est là-dessus qu'il faut qu'on trouve le bon réglage.

Thierry FUNDERE : Dans les établissements de l'enseignement catholique qui sont, on va insister là-dessus, ouverts à tous, on peut prier Dieu, parler de Dieu, faire dialoguer ceux qui croient et ceux qui ne croient pas. Pour vous, ce n'est pas négociable, les pouvoirs publics doivent l'entendre.

Guillaume PREVOST : C'est surtout la loi. Je veux dire, nous vivons en République et la base de la vie en République, ce sont les droits de la personne, donc la liberté d'opinion, la liberté religieuse, la liberté de conscience. Ce sont des principes de la République et ça tombe bien, ce sont aussi des principes de l'Évangile. Ce à quoi nous sommes tenus, c'est la liberté de conscience de l'enfant. Quand on est face à un enfant, on n'est pas face à un adulte, on est face à un enfant qui se construit, qui est très influençable et c'est bien. Heureusement qu'il est influençable parce que c'est comme ça qu'il peut apprendre à lire et à écrire, les mathématiques, l'histoire, les valeurs dont il a besoin pour se construire. Donc il est influençable, il a besoin de l'adulte. Souvenons-nous en, il a besoin de l'adulte, il a besoin d'adultes qui s'engagent à ses côtés. Et donc nous, notre mission, c'est de lui transmettre cette conviction qu'il est aimé. Et donc il faut qu'on parle de Dieu. Une école catholique qui ne parlerait pas de Dieu ne serait pas catholique, ne serait pas fidèle à sa mission. Et je vais même vous dire, elle ne serait pas fidèle au contrat d'association. Parce que si l'État fait vivre à côté de l'école publique une école catholique, c'est justement pour créer un projet d'éducation catholique. Au fond, je vais vous dire, c'est quand on n’est pas assez catholique qu’on n’est pas au rendez-vous du contrat d'association. Bon, maintenant, il faut qu'on discute un peu avec les pouvoirs publics parce que y a des questions qui se posent sur le respect de la liberté de conscience. L'État dit, vous devez respecter la liberté de conscience, vous devez être neutre. Nous, on dit, mais non, on doit respecter la liberté de conscience, mais on n'est pas neutre et donc c'est là-dessus qu'il faut qu'on trouve le bon réglage. Moi, je crois que je peux dire à un enfant je te propose de faire une prière, tu n’es pas obligé de le faire. La prière, c'est une prière chrétienne. Par exemple, je vous salue Marie, c'est la prière de Marie, une jeune fille de 16 ans qui a accepté de rentrer dans le plan de Dieu, qui lui a dit oui et qui, grâce à son oui, a sauvé l'humanité en portant le Dieu incarné. Donc c'est quand même une histoire qui parle à des adolescents qui se posent la question du sens de leur vie. Mais tu n'es pas obligé, ça c'est très important. Il faut qu'on le dise, il faut qu'on le précise, il faut qu'on insiste là-dessus, tu n'es pas obligé et donc si tu n’es pas obligé, il faut que je te propose des alternatives. Moi, je vais faire un je vous salue Marie, moi je vais faire un autre père, mais toi, tu peux prendre un temps d'intériorité. Toi, tu peux revenir sur ta journée, toi, tu peux réfléchir à ce que tu as envie de faire, pas faire, ce que tu as fait de bien, pas bien. C'est comme ça qu'on sera au rendez-vous de Jésus, du message qu'il veut qu'on transmette à chaque enfant, pas un socle d'identité ou de valeurs qui s'abat comme ça de façon verticale sur l'enfant, mais le sentiment de ma propre valeur, le sentiment que ma vie a du sens. Et que quels que soient mes défauts, mes qualités, mes aspirations, mes échecs, je suis toujours infiniment aimé de Dieu. C'est ça la bonne nouvelle de l'Église catholique.

Thierry FUNDERE : L'enseignement catholique peut-il, Guillaume Prévost, être un acteur de cohésion sociale face aux fragilités de nos territoires ?

Guillaume PREVOST : Il doit l'être, ce n’est pas il peut l'être, il doit l'être. S’il ne l’est pas, il n’est pas chrétien. Vous voyez, cette mission sociale, elle est d'emblée la ligne de l'école catholique, c'est la doctrine sociale de l'Église. C'est la subsidiarité, c'est la participation des personnes, c'est la dignité de chaque personne, surtout dans cette époque obsédée par la mort, obsédée par les réseaux sociaux qui ont créé une forme de compétition entre les personnes, besoin de séduire, besoin d'avoir des followers, besoin d'être puissant, ce qui ne correspond pas du tout à l'anthropologie chrétienne. Plus notre époque va continuer à se tourner vers un individualisme et un matérialisme débridé, plus nous serons les derniers acteurs de la cohésion sociale. Parce que pour nous, l'autre n'est pas un rival, l'autre n'est pas une diversité irrémédiable, l'autre est mon prochain, l'autre est un autre moi. Vous voyez, dans cette société fascinée par la diversité, fascinée par la différence, notre rôle de chrétien, c'est de rappeler que nous sommes tous les mêmes, tous appelés à être les enfants de Dieu, les enfants d'un même Père. Et donc vous voyez que dans la société dans laquelle on vit, nous sommes profondément des bâtisseurs d'unité.

Nous ne ferons pas l'enseignement catholique sans les enseignants. Nous avons besoin d'enseignants valorisés, protégés, formés avec des vrais parcours de carrière, des temps de respiration. Un enjeu clé pour nous et pour l'enseignement catholique en particulier, parce que nous sommes un projet d'amour et de valorisation de la personne.

Thierry FUNDERE : Quels leviers d'innovation peuvent être mobilisés pour garantir l'avenir de l'enseignement catholique en France et singulièrement en Guadeloupe ? On pense au numérique, évidemment, aux pédagogies nouvelles ou encore à pourquoi pas à des filières spécifiques.

Guillaume PREVOST : Alors, moi je pense que ça ce sont des outils intéressants, il ne faut pas ignorer. Par exemple, on peut faire des choses très intéressantes avec le numérique, avec l'intelligence artificielle, et puis les jeunes ont envie de ça, ils ont envie d'être guidés là-dedans. Mais n'oublions pas ce qui fait la spécificité de l'enseignement catholique, c'est sa dimension humaine. Notre métier, c'est que nous sommes des constructeurs de liens humains, nous sommes des constructeurs de relations et l'enfant, pour grandir, il a besoin de relations. Vous savez, les enfants aiment ce qu'aiment les gens qu'ils aiment et qui les aiment. Un enfant pour grandir, il a besoin d'être aimé et un enfant qui n'est pas aimé, il ne peut rien apprendre, il ne peut pas apprendre à lire, il ne peut pas apprendre à compter s’il n’est pas aimé. Donc notre innovation, ce qui fait le cœur de notre message, ce qui fait le cœur de notre projet, c'est d'être aimé et d'aimer. Et c'est là qu'il faut qu'on aille plus loin, plus en sincérité, plus en vérité. Le cœur de notre projet, c'est un projet d'amour. Alors après, ça se décline dans des filières, ça se décline dans des projets pédagogiques, ça se décline dans des rôles de l'enseignant qui doivent évoluer, ça se décline dans la part des éducateurs, ça se décline dans la part des familles. Mais tout ça répond à un projet clair qui est un projet d'amour.

Thierry FUNDERE : Quel message souhaitez-vous adresser aux enseignants et aux familles de notre diocèse ?

Guillaume PREVOST : Alors d'abord, vous, je vous remercie de me de me permettre de m'adresser aux enseignants qui sont objectivement, mis en difficulté par la fragilisation du lien éducatif. Nous sommes entrés dans une société du soupçon. Vous voyez, et c'est très compliqué d'être l'enseignant, l'éducateur, celui qui prend la responsabilité de l'enfant dans une société du soupçon. Vous voyez, en venant, dans l'avion j'ai vu un film que j'ai trouvé passionnant, qui s'appelle, "Pas de vagues" et qui raconte l'histoire d'un enseignant mis en cause par un enfant à tort pour harcèlement sexuel. Et on se rend compte de toute la machine qui s'abat sur cet enseignant qui, parce qu'il a voulu aller à la rencontre de l'enfant, parce qu'il a voulu sortir des cadres pour aider des enfants en difficulté, se retrouve accusé de choses terribles et ça détruit sa vie. Je crois qu'il y a là quelque chose. Vous voyez, ce film m'a marqué parce qu’il faut entendre les difficultés des enseignants. Nous ne ferons pas l'enseignement catholique sans les enseignants. Nous avons besoin d'enseignants valorisés, protégés, formés avec des vrais parcours de carrière, des temps de respiration. Un enjeu clé pour nous et pour l'enseignement catholique en particulier, parce que nous sommes un projet d'amour et de valorisation de la personne. C'est la condition enseignante, nous devons nous attacher à apporter des réponses courageuses, sincères, fortes sur le thème de la condition enseignante. Nous ne pourrons pas continuer à malmener autant nos enseignants et à prétendre bien nous occuper des enfants. Vous savez, en protection de l'enfance, il y a un principe que j'aime beaucoup, on parle de symétrie des attentions. Ce qui suppose que si vous voulez que les enseignants soient bienveillants avec les enfants, il faut que nous soyons bienveillants avec nos enseignants.

Thierry FUNDERE : Vous avez parlé d'espérance durant cet entretien, cela veut dire que vous êtes confiant dans l’avenir ? ?

Guillaume PREVOST : Je pense que ça s'entend, oui, évidemment que je suis confiant. et puis. Vous savez, quand les Hébreux ont quitté l'Égypte et ont traversé le désert, ils étaient un peu insécurisés aussi, ils ne savaient pas très bien comment ils allaient s'en sortir. C'est le destin des chrétiens que de traverser le désert, que de traverser ces vies qui sont compliquées, qui sont incertaines, mais animées par cette espérance que nous donne la foi.

Nous avons un rôle à jouer et si nous ne le jouons pas, si nous ne sommes pas au rendez-vous, on nous le reprochera, on nous le reprochera dans le débat public et puis on nous le reprochera au ciel.

Thierry FUNDERE : Quels sont, Guillaume Prévot, vos priorités à court et moyen terme pour l'enseignement catholique en général partout en France ?

Guillaume PREVOST : Moi, je suis très soucieux de la situation politique. On a un pays qui est en train de se fracturer dans un monde qui est en train de se fracturer, où on entend que ce qui divise. Aujourd'hui, si vous voulez être entendu, si vous voulez avoir de l'audience, comme disait un groupe de rap dans les années 90, on t'écoute quand tu fais du bruit, que tu casses ou que tu pointes une arme. Nous, on ne va pas faire ça. Donc il va falloir qu'on trouve une manière de nous exprimer, de dire notre projet de façon forte, sincère. Mais d'éviter de tomber dans les clivages. On voit bien que l'élection présidentielle qu'on a devant nous risque d'accroître et d'approfondir ces clivages. C'est pour l'enseignement catholique un danger dont il faut prendre la mesure. Ça veut dire que nous devons nous disposer pour garantir à nos écoles, nos enseignants, nos communautés éducatives, les familles qui nous font confiance, les outils nous permettant de continuer à être des bâtisseurs d'unité. Et ça veut dire qu'à court terme, moi, il y a deux projets qui me tiennent à cœur. La formation des enseignants, il faut qu'on soit beaucoup plus au rendez-vous des besoins, notamment sur le plan de l'inclusion, de la différenciation pédagogique. On a trop d'enseignants qui sont en difficulté et pas suffisamment soutenus. Donc la formation, là, on a un vrai travail à faire en relation avec le ministère pour être mieux au rendez-vous de la formation de nos enseignants. Et puis l'autre sujet, c'est la protection sociale. On ne peut pas continuer à dire on est une communauté mais on ne s’intéresse pas à nos enseignants, on ne s’intéresse pas à nos familles. Il y a un vrai enjeu d’animation, de soutien de nos communautés éducatives. Et pour ça, il faut qu'on se dote des outils de protection sociale mutualiste qui nous permettront de garantir la pérennité et l'unité des communautés éducatives qui portent nos écoles. C'est vraiment à court terme les deux grands chantiers que je veux-je veux mener avec le gouvernement.

Thierry FUNDERE : Vous avez rencontré, vous êtes entretenu évidemment avec notre évêque, Monseigneur Philippe GUIOUGOU. J'imagine que vous partagez la même vision ?

Guillaume PREVOST : Alors écoutez, c'est très agréable de rencontrer un jeune évêque amoureux de son territoire, de son diocèse, qui le connaît très bien, qui en a vécu très personnellement les réussites, les difficultés, et qui est totalement mobilisé pour apporter des réponses nouvelles et qui est très convaincu de du rôle social de l'Église. Là, vous voyez, on est très aligné avec les évêques en général, en particulier avec Monseigneur Philippe, sur ce rôle social de l'Église. Nous avons un rôle à jouer et si nous ne le jouons pas, si nous ne sommes pas au rendez-vous, on nous le reprochera, on nous le reprochera dans le débat public et puis on nous le reprochera au ciel.

Thierry FUNDERE : Il y a tout juste un mois, vos services au niveau du secrétariat général de l'enseignement catholique ont été victimes d'une cyberattaque qui a visé une application de gestion du premier degré. Tout est rentré dans l'ordre depuis ?

Guillaume PREVOST : Écoutez, on s'emploie à travailler, ce sont des sujets sérieux. Ce sont des sujets sur lesquels, vous savez, on parle, c'est la querelle du bouclier et de l'épée. Alors, l'épée se développe tellement vite que le bouclier a du mal à suivre. Je peux vous dire qu'on est totalement mobilisé. Je dois vous dire ma très grande satisfaction de la façon dont les services ont dont mes services ont géré cette affaire de façon très professionnelle. C'est arrivé un vendredi soir, le samedi 12h00, tout était maîtrisé, même si évidemment il y a une fuite de données. Moi, je suis très fier du travail fourni par mes personnels et on voit bien qu'avec des moyens bien inférieurs à ceux des ministères, on arrive à s'en sortir. Pourquoi ? Parce qu'on se fait confiance. Et vous voyez, dans cette épreuve qui a été quand même une épreuve, j'ai pu expérimenter concrètement avec mes équipes à quel point cette confiance, cette part laissée à l'initiative, nous permettait avec des moyens bien inférieurs de faire des choses tout à fait à la hauteur des enjeux. Et encore une fois, les mesures ont été prises et continuent à être prises pour assurer du mieux possible la sécurité des données. Cela étant, vous le savez comme moi, le monde numérique est un monde compliqué où, en ce moment en tout cas, l'épée a toujours un temps d'avance sur la cuirasse. En revanche, il faut qu'on bosse pour être au rendez-vous et sécurisé parce que les familles nous font confiance et donc il faut qu'on soit à la hauteur de cette confiance.

Pour revoir intégralement cet entretien, cliquez sur ce lien

Le service diocésain de la communication (Avec Radio Massabielle)

 

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