Je vais prêcher particulièrement, ça ce n'est pas étonnant, sur le oui du prêtre, ce oui que vous prononcerez aujourd'hui, en ce lundi saint, en cette messe chrismale. Chers frères et sœurs, prêtres, diacres consacrés, en cette messe chrismale, vous êtes rassemblés autour de moi-même, votre évêque, pour célébrer l'unité de l'Église et du sacerdoce. Nous venons de différentes paroisses de notre diocèse archipélique. Les plus loin, venant de Saint-Martin et Saint-Barthélémy. En cette messe, nous bénirons les saintes huiles, signes de la grâce de Dieu à l'œuvre dans nos vies. Ces huiles qui servent pour différentes circonstances que nous, prêtres administrons ; laïcs, que vous recevez.
Baptêmes, malades, catéchumènes, ordinations, tous ces moments où ces huiles consacrées aujourd'hui vont être justement en service durant toute l'année. Les diacres aussi, vous allez renouveler votre promesse. Durant toute la journée qui a précédé cette célébration, avec les prêtres, nous n'étions pas très loin d'ici, à Saint-Jean Bosco et nous avons pris le temps de prier ensemble, d'échanger, même de jouer. Oui les prêtres, ça joue. J'ai même appris à jouer à la belote à quelques-uns. J'ai même donné toutes les astuces tellement je partage. Mais nous avons aussi, et c'était très intéressant, je pense que ça vaudrait le coup de revenir, nous avons avons été guidés sur le jardin créole. Très intéressant de voir cet héritage et comment ceux qui y travaillent nous ont transmis à la fois leur passion, mais aussi le regard qu'ils portent sur les jeunes qui viennent à Saint-Jean Bosco. Passionnant.
L’image du beau Pasteur
J'ai surtout pris le temps avec vous, frères prêtres, de partager une réflexion autour du message que le pape Léon va adresser aux jeunes le 26 avril, lors de la 63ème Journée mondiale de prière pour les vocations. Ce message s'intitule « La découverte intérieure du don de Dieu ». Le pape dit en substance qu'à l'image de Jésus, lui, le beau pasteur - s’appuyant sur la traduction liturgique au sens strict, à où l’on aurait pu s’attendre à l’évocation du bon pasteur -, que nous sommes invités à refléter dans nos vies cette beauté du Christ. Que notre visage, notre vie soit belle comme a été celle et est celle de Jésus. Et le pape va nous dire que cette beauté se trouve dans l'intériorité, ce qui vient dans nos cœurs, dans cette relation plus personnelle, plus intime avec le Seigneur. Le silence de la prière, le silence de la méditation, comme lieu de rencontre véritable avec le Seigneur.

Ce sont ces mots qu'il emploie quand il s'adresse aux jeunes sur la question de la vocation. Et cette beauté trouve tout son éclat, dit-il, dans la connaissance du Seigneur, particulièrement dans la connaissance de sa parole. Dieu te connaît, mais toi, est ce que tu cherches à le rencontrer dans sa parole ? ? Alors évidemment, nous, prêtres, nous pouvons dire. Avec justesse que nous sommes un peu les spécialistes de la parole de Dieu, parole que nous avons appris, enseigné au séminaire, qui nous a été enseigné, que nous transmettons ne serait-ce que tous les dimanches ou en semaine ou dans différents groupes de partage. Nous connaissons la parole de Dieu.
La Parole pour faire grandir en nous la connaissance de Dieu
Cette connaissance grandissante de Dieu, dit le saint Père, aux jeunes à qui ce message s'adresse, fait grandir en nous la confiance en Dieu. Voilà l'objet, la raison de la connaissance de la Parole, parce qu'elle fait grandir en nous la connaissance de Dieu. Plus nous connaissons cette Parole, plus nous comprenons qui est Dieu et plus cette connaissance s'affine et grandit. Dieu est avec nous tout au long et à tout moment de notre vie. Lui, le ressuscité, lui le vivant. Et cette connaissance de la Parole, dit le pape, conduit justement à une confiance, avoir confiance en Dieu. Si j'ai confiance dans le Seigneur, ma foi en lui grandit.
Cette foi qui grandit dans le Seigneur est un chemin vocationnel. Pour nous prêtres, ce chemin fait grandir encore le oui que nous avons donné le jour de notre ordination. Cette confiance a aussi et surtout une source, le sceau de la foi, à l'image donc du oui de Joseph et de Marie. Ces deux oui que nous venons d'entendre à la fois le 19 mars avec la fête de Saint-Joseph et il n'y a pas très longtemps le 25 mars avec l'Annonciation. Joseph et Marie font le saut de la confiance, écoutent l'ange, ce message presque incompréhensible : vous aurez un enfant, il sera appelé Jésus, le Sauveur du monde, celui qui vient sauver du péché.

À l'origine de toute vocation, il y a une voix, celle du Seigneur qui appelle dans le secret du cœur et chacun nous pourrions témoigner d'une manière différente et variée de cet appel, à un moment, dans notre cœur. Comme pour les apôtres, nous avons entendu viens et suis-moi.
Oui, cet ange qui vient annoncer cette nouvelle incroyable, ce fils Jésus, c'est sur ce oui que je souhaite m'arrêter un instant. Le oui que prononcent particulièrement et prononceront les prêtres à la messe chrismale aujourd'hui, maintenant. Un oui qui commence en fait toujours par un appel. Aucun prêtre ne s'est appelé lui-même. Nous ne nous appelons pas nous-mêmes. À l'origine de toute vocation, il y a une voix, celle du Seigneur qui appelle dans le secret du cœur et chacun nous pourrions témoigner d'une manière différente et variée de cet appel, à un moment, dans notre cœur. Comme pour les apôtres, nous avons entendu viens et suis-moi.
Le premier oui du prêtre est souvent fragile. Notre premier oui, et c'est normal, est souvent hésitant. Je me rappelle mon arrivée au séminaire avec mon grand sac dont je me souviens encore. Au séminaire d'Issy les Moulineaux, il y a un énorme escalier et j'arrive avec ce sac en main bien rempli et cet escalier en face. On ne peut plus reculer, an di oui, an obligé monté leskalié-la. Nous pouvons nous rappeler, nos différents oui, fragiles, hésitants. Mais qui sont déjà en réalité une réponse à un amour premier. Quand je dis oui, je dis oui à l'amour premier que Dieu a pour moi.
Un oui appelé à être renouvelé chaque jour
Ce oui n'est certainement pas la fin du chemin. Il est et il sera toujours le commencement. C'est aussi un oui qui se construit finalement jour après jour. Chers frères prêtres, votre oui n'est pas seulement celui de votre ordination. Il est un oui qui se renouvelle jour après jour. Oui, quand la mission est belle et féconde. Oui, quand elle devient lourde et exigeante. Oui, dans la joie des rencontres. Oui, dans la solitude du cœur. Même quand la fragilité de nos cœurs nous rappelle notre humanité, notre fameuse humanité que certains pourraient oublier et penser que nous sommes déjà du côté des anges. Pas encore, pas tout de suite, pas tout à fait.

Le chemin vocationnel n'est pas une ligne droite. Il est fait de fidélité simple, de combat intérieur, de recommencement. C'est la réalité de notre vie de prêtre. Dire oui aujourd'hui, c'est parfois redire un oui un peu blessé, mais toujours relevé par la grâce du Seigneur. Il peut arriver que ce oui soit blessé et relevé par la grâce de Dieu. C'est un oui façonné par le Christ lui-même et le Christ serviteur. Voilà ce qui personnellement m'a marqué et souvent nous marque dans notre chemin vocationnel. C'est un peu deux aspects, dire oui au Christ, je veux te suivre, Seigneur, je t'aime. Et cet amour brûlant pour toi me donne envie d'aller jusqu'au point de vivre le sacerdoce. Mais aussi une prise de conscience que le Christ est serviteur. Et s'il est serviteur, il m'appelle moi-même à être serviteur de mes frères. Cette notion de service est un levier puissant pour la vocation, être au service de nos frères et sœurs.
Le chemin vocationnel est un chemin ecclésial, jamais solitaire. Un chemin ecclésial qui engage du coup le oui de nous tous ici présents, diacres, religieuses, laïques, jeunes et moins jeunes. Le oui d'un, fait et entraîne le oui de tous.
Bientôt, le jeudi saint que nous vivrons nous rappelle que le prêtre est configuré au Christ serviteur. Nous allons nous incliner et embrasser les pieds. Ce service prend la forme du pain rompu, pour les autres. La forme de la parole donnée. La forme de la vie offerte. Nous offrons une vie. Comme le Christ au Cénacle, le prêtre apprend à dire oui. Ceci est mon corps donné pour vous. Il nous faut quelquefois toute une vie de prêtre pour comprendre cette phrase que nous prononçons si souvent à la messe. Ceci est mon corps donné pour vous. Le corps physique, le corps intellectuel, le corps spirituel, le corps ecclésial. Oui, c'est tout cela que nous donnons pour les autres. Et comme le Christ à genoux, il apprend que son autorité vient du service. Son autorité et notre autorité est un service. Il apprend à dire oui, oui à l'évêque aussi et cela s'apprend, cela se construit entre nous.

Frères et sœurs, frères prêtres, un oui donc vécu dans la communion de l'Église. Le prêtre, évidemment, ne marche pas seul. Son oui est lié à celui de l'évêque que je suis, mais aussi à celui des frères prêtres. Le oui d'un frère prêtre peut être un exemple pour un autre frère, comme le non, en tout cas si ce non est sans raison, peut interroger, voire déstabiliser un autre confrère. Mais son oui est aussi lié à celui de tout le peuple de Dieu. Et c'est pour cela qu'en ce début d'homélie, je me suis adressé aux frères et sœurs, aux diacres, au peuple ici rassemblé. Un peuple qui, à la suite de sa vocation baptismale, sait aussi dire oui, oui au Seigneur. Surtout que ce oui fait resplendir sur nous le visage du Christ, le fameux Christ qui est beau, qui est à la fois bon, mais qui est beau. Et ce oui, ce visage du Christ nous rend aussi beau que lui.
C'est ensemble que nous portons la mission, c'est ensemble que nous avançons, c'est ensemble que nous espérons. Alors il est totalement normal de dire que ce oui est là pour faire peuple, peuple de Dieu.
J'ai dit beau, pas forcément bon, car le pape Léon dit ceci qui peut nous surprendre en citant un théologien. Il dit, Il ne s'agit pas d'être bon, ce n'est pas ce qui caractérise tout d'abord les saints, un ignorant de Dieu est capable aussi d'être bon. Il s'agit pour nous d'être beaux comme Dieu, rayonner d'une lumière éclatante. Notre bonté est tirée de cette beauté que nous essayons d'interpréter, de vivre, de rayonner à l'image de Dieu. Suis-je beau comme le Seigneur est beau ? Alors oui, la promesse, le oui rappelle que le chemin vocationnel est un chemin ecclésial, jamais solitaire. Un chemin ecclésial qui engage du coup le oui de nous tous ici présents, diacres, religieuses, laïques, jeunes et moins jeunes. Le oui d'un, fait et entraîne le oui de tous.
C'est ensemble que nous portons la mission, c'est ensemble que nous avançons, c'est ensemble que nous espérons. Alors il est totalement normal de dire que ce oui est là pour faire peuple, peuple de Dieu. Le oui du prêtre n'est pas pour lui-même, il est donné pour que d'autres vivent, pour annoncer l'Évangile. Et c'est ce que nous avons entendu dans la première lecture et de nouveau dans l'Évangile. Annoncer la bonne nouvelle aux pauvres, libérer les prisonniers, guérir les malades, célébrer les sacrements, relever, consoler, accompagner, voilà ce à quoi engage le oui que nous donnons. A travers ce oui, c'est le Christ qui continue d'agir dans son église et de la rendre plus belle. Voilà la force de ce oui. Par notre oui, c'est le Christ qui agit et rend notre église encore plus belle, à l'image de ce Christ beau. Cela m'a beaucoup inspiré, surpris, ce message du pape Léon aux jeunes. en disant justement nous devons prendre le chemin de la beauté du Christ.

En cette messe chrismale, nous rendons grâce pour le oui des prêtres. Un oui humble, parfois fragile, mais ô combien précieux. Un oui qui vous rappelle à quel point, frères et sœurs, votre oui est aussi précieux et attendu du Seigneur.
Frères et sœurs, frères prêtres, si votre oui tient, ce n'est pas d'abord par votre propre force, mais c'est par la fidélité de Dieu. C’est parce que Dieu est fidèle avec nous, envers nous, que notre oui tient. C'est le oui qui vous a appelé, c'est le oui qui vous soutient, c'est le oui qui vous relève. Un ministère où il ne s'agit pas de faire des choses, mais de se laisser conduire par l'Esprit, par la grâce. Il ne s'agit pas tant de faire, de faire, de faire, car cela nous épuise. Il s'agit d'être présent pleinement dans ce que nous vivons et en étant présent pleinement dans ce que nous vivons, nous rayonnons quelque chose de Dieu, aussi petite soit l'action que nous faisons.
En cette messe chrismale, nous rendons grâce pour le oui des prêtres et c'est la raison de votre présence aujourd'hui. Un oui humble, parfois fragile, mais ô combien précieux. Un oui qui vous rappelle à quel point, frères et sœurs, votre oui est aussi précieux et attendu du Seigneur. Joseph et Marie ont dit oui. Et vous, chers prêtres, en renouvelant votre promesse aujourd'hui, chers diacres aussi, souvenez-vous que votre oui n'est pas derrière vous. Il est devant vous. Il est un chemin à parcourir. Un chemin de fidélité, un chemin d'amour. Oui, Seigneur, me voici, nous voici pour faire ta volonté.
Me voici Seigneur, je viens faire ta volonté. Qu’il me soit fait selon ta parole (chant)…
Amen.
Homélie de Mgr Philippe GUIOUGOU, évêque de Guadeloupe (Messe chrismale, lundi 30 mars 2026 – Cathédrale ND de Guadeloupe, Basse-Terre)
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