Vous avez entendu le thème, premier thème de la journée : « J'enseignerai les voies du Seigneur à mes enfants, et grande sera leur paix ». Phrase tirée du livre d'Isaïe au chapitre 54, verset 13. C'est notre thème de réflexion. Pour commencer, ce n’est pas la peine d'aller chercher très loin. Pour comprendre que ce thème, en fait, nous renvoie à trois choses essentielles. J'enseignerai les voix du Seigneur à mes enfants. Ce terme nous parle d'abord de la famille, puisqu'il y a les enfants. Il nous parle aussi de transmission. J'enseignerai les voix du Seigneur, c'est quoi ? Eh bien, c'est la foi, la famille, transmission et foi, transmission. On peut dire aussi éducation, et comme nous parlons de la Bible, il ne s’agit pas de n'importe quelle éducation. Il s'agit évidemment de l'éducation à la foi.
J'enseignerai les voies du Seigneur à mes enfants et grande sera leur paix. Éduquer des enfants et surtout éduquer des enfants en leur enseignant les voies du Seigneur, ce n'est ni simple, ni automatique. Quel parent ici peut dire que l'éducation est quelque chose de facile ? Je crois même que c'est le grand Sigmund Freud qui disait que l'éducation est un métier impossible. Mais nous sommes chrétiens, n'est-ce pas ? Et nous croyons au Seigneur. Si l'éducation est un métier impossible, nous, chrétiens, nous avons de notre côté le Dieu de l'impossible. La phrase de l'ange à la Vierge Marie : rien n'est impossible à Dieu. Alors, nous ne sommes pas seuls dans cette mission, cette mission de l'éducation. Et durant ce temps d'enseignement, je crois que j'ai 35 minutes à peu près. Je vous propose de réfléchir ensemble, humblement, concrètement, sur ce que cela signifie que de transmettre la foi, transmettre la foi au sein de nos familles, non pas pour culpabiliser, parce que nous aurions manqué à notre devoir, mais pour nous encourager, pour éclairer et aussi pour ouvrir, pour trouver des chemins, des chemins de paix.
L’éducation narrative, par le récit pour transmettre la foi
Vous le savez, il y a plusieurs manières d'éduquer. On peut éduquer de manière très préventive. Il y a des parents qui sont très précautionneux, qui vont au-devant des dangers. Ils ne veulent pas que les enfants fassent des expériences et ils sont toujours là pour empêcher que les enfants prennent de mauvais travers. On prévient, ce qui est une bonne chose. Il y a aussi une éducation au quotidien où les parents laissent les enfants faire quelques expériences et ils interviennent de temps en temps, quand le danger se pointe. On laisse les enfants découvrir la vie. Il y a une autre forme d'éducation qui est une éducation responsable. Les parents responsabilisent très tôt les enfants en leur donnant des responsabilités, ne serait-ce que parmi la fratrie. Je me rappelle quand j'étais petit, mes parents sortaient et on laissait la clé de la maison à l'aîné de la maison. On responsabilisait l'aîné, par rapport aux plus petits. Et puis il y a une autre forme d'éducation. La quatrième, c'est l'éducation qui consiste à raconter aux enfants l'histoire familiale. Et donc il y a des figures familiales qui deviennent des repères pour les enfants. Vous avez des gens, quand vous allez chez eux, qui sortent leur album de photos. Même s’ils n’ont pas vécu au temps de leurs grands grands-parents, ils peuvent vous raconter de mémoire leur histoire.
Nous n'allons pas aborder les quatre manières d'éduquer que je viens de dire, nous allons prendre seulement une manière, c'est l'éducation narrative, l'éducation par le récit, l'éducation en racontant quelque chose. Parce que cette manière d'éduquer, est en lien profond avec notre thème de ce matin, une éducation par le récit. Si vous entendez le mot récit, qu'est-ce que c'est qu'un récit ? Le petit Robert dit, un récit, c'est un exposé oral ou écrit, un exposé oral. Et pour entrer dans ce thème de l'éducation par le récit, j'aimerais partir d'une image très simple. C'est une image que nous connaissons tous, l'image de la langue maternelle. Ici, presque tous, je dis presque tous, peut être tout le monde aussi, nous avons déjà rempli un CV, oui ou non ? Et vous savez qu'aujourd'hui, pour aller travailler dans une entreprise, lorsque nous rédigeons un CV, nous indiquons, c'est presque une obligation, les langues étrangères que nous parlons. Parfois, nous parlons une langue étrangère, ça peut être l'anglais puisque c'est la langue la plus répandue. Cela peut être aussi l'espagnol. Nous parlons une langue, deux langues, trois langues, et même davantage pour certains. Et puis, après avoir mis sur le CV les langues que nous parlons, on tient à préciser le niveau, le niveau de la langue. Est-ce que vous êtes bon, est-ce que vous êtes très bon, est-ce que vous êtes excellent. Et puis enfin, presque à part, après avoir précisé les langues que vous parlez, les langues étrangères, vous mettez aussi votre langue maternelle.

Cette mention de la langue maternelle est très importante. La langue maternelle n'est pas seulement une langue que l'on a apprise. La langue maternelle, c'est une langue dans laquelle on a vécu depuis notre naissance, une langue que l'on a reçue très tôt, presque inconsciemment, avec le lait maternel. Et parce que c'est la langue maternelle, on maîtrise les nuances, on maîtrise les tournures, on maîtrise même les silences. Vous savez, surtout pour le créole qui est une langue très imagée, on dit que deux personnes, enfin en Haïti, on dit ça, deux personnes qui parlent créole peuvent parler devant un étranger qui parle créole et il ne pourra jamais comprendre parce qu’on parle à travers des images. Nous sommes très riches en proverbes, en créole, et donc le secret est là. Le secret de la langue maternelle est là, c'est un apprentissage très précoce. Eh bien, j'ai envie de dire qu'il en va de même pour la foi.
La foi c’est une langue intérieure
La foi n'est pas d'abord une matière scolaire que nous apprenons à un certain âge. La foi, c'est une langue intérieure, c'est une manière de dire le monde. Vous savez, les chrétiens voient le monde d'une certaine manière, qui n'est pas la manière des bouddhistes, qui n'est pas la manière des musulmans. La foi, c'est une manière de dire le monde, une manière de lire le monde, une manière de faire confiance, une manière d'aimer, une manière d'espérer. Et à ce sujet, de la foi comme langue maternelle, je vous invite à écouter ce que Saint Paul dit dans sa 2ème Epître à Timothée, chapitre un, verset cinq. Ecoutez bien : je garde le souvenir de la foi sincère qui habite en toi. C'est étonnant parce que, en général, on dit j'ai la foi. Saint Paul ne dit pas de la foi que tu as, il dit de la foi qui habite en toi, cette foi qui habita d'abord ton aïeul, ta mère, et qui, j'en suis sûr, j'en suis persuadé, habite aussi en toi. La foi, Saint Paul l'a décrite comme quelque chose qui nous habite intérieurement, quelque chose qui est transmis très tôt, presque comme une langue maternelle, mais une langue maternelle spirituelle.
La foi comme la langue maternelle se reçoit avant même d'être pleinement comprise.
Un guadeloupéen est inséparable de son créole, pas vrai ? On peut oublier une langue que l'on a apprise. Si vous avez appris l'anglais à 10 ans et maintenant vous avez 60 ans, si vous ne l'avez jamais pratiqué, vous allez l'oublier. On peut oublier une langue apprise, mais on ne peut jamais oublier sa langue maternelle. Jamais. Et toujours dans cette lettre de Saint Paul à Timothée, maintenant au chapitre 3, verset 14-15, Paul dit à Timothée, depuis ton enfance, tu connais les Saintes écritures, et Paul poursuit, qui peuvent te rendre sage. Tu connais les Saintes écritures pour te rendre sage. Donc vous voyez que la foi est liée à quelque chose que nous apprenons très tôt, quelque chose qui façonne, qui façonne notre manière de penser, notre vie intérieure. Voilà pourquoi c'est un crève-cœur d'entendre des parents dire, et c’est de plus en plus malheureusement courant en Guadeloupe, que l’on remet à plus tard l'apprentissage de la foi. Lorsque les enfants seront grands, lorsqu'ils auront l'âge de comprendre, lorsqu'ils auront l'âge de raison, alors ils choisiront. Mais qu'est-ce que cela veut dire ? La foi comme la langue maternelle se reçoit avant même d'être pleinement comprise. Vous n'avez pas choisi votre langue maternelle, vous l'avez reçue. Et parce que vous l'avez reçu, vous la pratiquez. Quoi qu'il en soit, même les Guadeloupéens qui disent ne pas pouvoir parler créole, mettez un Guadeloupéen devant une difficulté, s’il s'énerve, vous allez voir. Je n’ai pas envie de dire les expressions qui sortent parfois quand on s'énerve.
Donc la langue maternelle est reçue et vous la pratiquez de toute façon. De même, la foi est reçue et la foi doit être pratiquée. C'est une vérité, une intuition qui traverse toute la vie chrétienne. Nous avons ici avec nous un prêtre maronite qui connaît très bien Saint Charbel. Et vous savez que Saint Charbel, il y a quelqu'un qui a écrit une biographie de Saint Charbel, le grand termite libanais. Dans cette biographie, l'auteur souligne que la sainteté de Saint Charbel fut certes un don de la grâce de Dieu. Mais l'auteur dit aussi que la foi transmise par sa mère dès la petite enfance avait déjà préparé le terrain, et facilité l'œuvre de Dieu. Vous voyez, il a reçu de fait la grâce particulière, mais en même temps, à cause de sa mère qui lui a transmis la foi, le terrain était déjà préparé, labouré, creusé.
Leur apposer l’empreinte du bien dès le plus jeune âge
Il y a une grande sainte que j'aime beaucoup, Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus. Eh bien, Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus dira la même chose dans sa biographie. Aussi, elle dira quel malheur de ne pas former les enfants dès leur éveil. Saint Thérèse fait une comparaison avec de la cire souple qui est malléable lorsqu’elle est chauffée et elle dit Sainte Thérèse, c'est magnifique : Ils ressemblent (ndlr : les enfants) à de la cire souple, capable de recevoir l'empreinte du bien mais aussi l'empreinte du mal. Je crois que sœur Judith nous avait parlé un petit peu de son enfance et vous voyez comment les empreintes que nous apposons sur nos enfants, lorsqu'ils sont petits, ça peut aussi compter à l'âge adulte. Enfants, ils ressemblent à de la cire souple, capable de recevoir l'empreinte du bien, mais aussi l'empreinte du mal. Et Sainte Thérèse s'étonne. Elle pose la question, combien d'âmes, dit-elle, combien d'âmes arriveraient à la sainteté si elles étaient bien guidées dès le départ ? Alors, Sainte Thérèse va comparer l'éducation, l'éducation des âmes surtout, elle va comparer cette éducation à la fois au travail d'un jardinier. Elle dit, Dieu, c'est celui qui donne la vie, c'est celui qui féconde. Mais il confie aux parents et aux éducateurs, on peut parler de catéchistes, de prêtres, de religieuses et d'autres personnes.
La foi, lorsqu'elle est reçue beaucoup plus tard, demande souvent aussi beaucoup plus de combats, beaucoup plus d'efforts. Et Dieu seul sait combien parfois les catéchumènes doivent faire beaucoup d'efforts, doivent avoir beaucoup de combats pour véritablement être ancrées dans la parole de Dieu.
Il confie aux parents et aux éducateurs le soin de préparer la terre, de greffer, de protéger et de respecter la nature de chaque plante. C'est Dieu qui féconde, c'est Dieu qui façonne. Mais il nous confie le soin de préparer la terre comme un jardinier prépare la terre. Et Thérèse, à un moment, va revenir à l'image, à l'image que je prenais au début, l'image de la langue maternelle. Thérèse dit, de même que les petits oiseaux apprennent à chanter en écoutant leurs parents, les enfants aussi apprennent la foi en écoutant, en voyant, en imitant ceux qui sont chargés de les former. Est-ce que vous voyez déjà la responsabilité que vous avez ? La foi se transmet par imprégnation, la foi se transmet par fréquentation, la foi se transmet par familiarité. Comme une langue maternelle. Vous voyez, lorsque nous apprenons une langue qui est étrangère, beaucoup plus tard, à l'âge adulte, cette langue, nous pouvons la maîtriser, certes, mais nous maîtrisons cette langue au prix de beaucoup d'efforts intellectuels.
Et Thérèse va raconter aussi l'histoire d'un petit oiseau qu'elle avait adopté. Et sa grande sœur avait déjà un autre oiseau qu'elle avait aussi adopté, mais d'une autre espèce. Et Thérèse dit l'oiseau qu’elle avait adopté s'est mis à chanter en imitant le cri de l'autre oiseau qui est d'une autre espèce. Le petit oiseau que Thérèse a adopté a fini par imiter l'autre, mais difficilement. Et l'image de Sainte Thérèse est belle. Qu'est-ce qu'elle nous dit cette image ? La foi peut être reçue beaucoup plus tard, c'est vrai, ce ne sont pas les catéchumènes, s'il y en a ici qui sont présents, qui me contrediront. La foi peut être reçue beaucoup plus tard. En revanche, la foi, lorsqu'elle est reçue beaucoup plus tard, demande souvent aussi beaucoup plus de combats, beaucoup plus d'efforts. Et Dieu seul sait combien parfois les catéchumènes doivent faire beaucoup d'efforts, doivent avoir beaucoup de combats pour véritablement être ancrées dans la parole de Dieu.

Le cœur des enfants aussi est un lieu de grand combat
Vous voyez bien que, à travers ces images, la langue maternelle, mais aussi le chant de l'oiseau, se dessine une conviction qui est essentielle : la foi se transmet par la proximité, la foi se transmet par l'exemple bien avant les discours. Et nous sommes très bons pour les discours, nous sommes très bons. Nous sommes très bons pour prêcher aux autres, mais on ne prêche pas seulement par la parole. Pourquoi Sainte Thérèse fit-elle ce constat ? Pour bien faire comprendre que c'est important de s'occuper de cela dès l'enfance ? Parce que dans ce monde un peu moderne, nous berçons d'une grande illusion. Nous faisons comme si de rien n'était, mais nous le savons. Ce n'est pas seulement le cœur des adultes, le cœur des enfants aussi est un lieu de grand combat. Oui, le cœur des enfants est aussi un lieu de combat, un combat qui est traversé par beaucoup d'influences, des influences intérieures mais aussi extérieures.
C’est pour cela, et je crois que sœur Judith le disait, les premières années sont décisives. Ils choisiront plus tard, c'est une illusion. C'est une affirmation naïve ? D'ailleurs, même si nous décidions de ne rien transmettre à nos enfants, ils n'arriveraient pas non plus à l'âge adulte, comme si c'était une page blanche. Que nous le voulions ou non, les enfants sont déjà inondés de beaucoup de messages, de beaucoup d'images, de beaucoup de visions du monde. À travers quoi ? Ben, les réseaux sociaux, la télévision, tout ce qu'ils entendent. Vous voyez bien que dans le cas des enfants, aussi souvent, il y a une compétition silencieuse, un combat que parfois nous ne soupçonnons même pas. Je ne vous invite pas à être alarmiste, pas du tout, mais je vous invite seulement à être vigilant. Une foi qui est transmise très tôt, devient une force intérieure pour traverser la vie adulte.
Enseigner dès l'enfance, c'est comme sculpter dans le roc.
Et c'est vrai que souvent, lorsque je rencontre des familles à l'occasion des funérailles, ces temps-ci nous avons malheureusement enterré beaucoup de jeunes au Sacré-Cœur, tous les jeunes qui ont été tués depuis fin janvier, début février. Devant ce genre de situation, on se dit, mais si on n'a pas la foi, une foi véritable, ancrée, comment fait-on ? La vie doit être vraiment malheureuse quand on n'a pas la foi, je suppose. Une fois transmise très tôt, devient une force intérieure pour traverser les combats. Et nous, parents, nous, éducateurs, prêtres, religieuses, adultes, c'est à cette mission que nous sommes appelés. Transmettre, non pas des réponses toutes faites, mais transmettre une capacité à choisir le bien à la lumière de l'Évangile. Être capable de choisir le bien. Je crois qu'il y a un proverbe qui dit qu’enseigner depuis l'enfance et enseigner dès l'enfance, c'est comme sculpter dans le roc. Vous voyez, nous sommes des sculpteurs.
Alors vous allez me dire, tout ça, c'est beau mon père, mais comment transmettre tout ça ? C'est difficile. Aujourd'hui, à la catéchèse, on voit les enfants qui sont tellement perturbés que parfois c’est compliqué. C'est tout le temps qu'on reçoit des parents qui eux-mêmes, lorsque les enfants sont un peu turbulents et qu'on fait une remarque, au lieu de reprendre les enfants viennent plutôt reprendre le catéchisme ou même le prêtre parfois. Comment transmettre tout ça ? Eh bien, si je devais résumer en une phrase, le cœur de cette transmission, comment transmettre la foi, je dirais ceci pour reprendre mon idée du début. La foi naît du récit, la foi naît de la narration. La foi n'est pas d'abord un ensemble de règles à pratiquer.
Vous voyez, le Carême est là, on va vous dire qu’il faut jeûner, il faut faire ci, il faut faire ça. On a parlé du jeûne, ce n’est pas un ensemble de règles à respecter, non. La parole de Dieu nous révèle quelque chose de beaucoup plus vivant. La foi est profondément narrative. La foi ne commence pas par des concepts, la foi ne commence pas par des théories. La foi commence par une histoire. Relisez le livre de la Genèse. Qu'est Ce qu'on nous dit au début de la Genèse ? Voici comment furent créés le ciel et la terre. Voici, vous voyez, il y a déjà une histoire qu'on annonce, qui va être racontée. Voici comment furent créés le ciel et la terre, une histoire qui est racontée, une histoire qui sera répétée, une histoire qui sera transmise. Et cette histoire raconte l'action de Dieu, les merveilles de Dieu dans la vie des hommes, l'action de Dieu dans la vie des hommes. J'aime beaucoup la Semaine sainte, mais particulièrement le soir de Pâques, le soir de Pâques, parce qu'il y a une belle bénédiction. Je l'avais déjà annoncé devant Monseigneur lorsqu'il est venu au Sacré-Cœur le jour de Pâques. J'aime beaucoup la bénédiction finale qui dit "Ah, ils sont finis les jours de la passion." Vous voyez, on dit bon, on arrête toutes les restrictions et puis voilà, on revient à la joie.
L'histoire d'Israël est constamment racontée, reprise, méditée. Et si le peuple Israël a survécu aux épreuves, s'il a survécu aux exils, aux persécutions, s'il a survécu aux invasions, c'est parce que, d'abord, la foi a été transmise, de génération en génération, évidemment.
Mais ce n’est pas que pour ça. Le soir de Pâques, j'aime particulièrement comment le missel, c'est le livre que le prêtre utilise pour célébrer la messe, comment le missel introduit le chant de l'Exultet, mais plus encore la longue série des lectures que nous entendons après l'exultet. Vous savez que le soir de Pâques, il y a toute une veillée avec pas mal de lectures. l'Exode, la Genèse, et beaucoup d'autres lectures. Et ce texte qui introduit la lecture, ce texte dit, écoutez bien, frères et sœurs, nous voici entrés dans la vigile pascale après le chant de l'Exultet. Écoutons maintenant d'un cœur paisible la parole de Dieu. Méditons et voyons comment, dans les temps passés, Dieu a sauvé son peuple et comment dans ces temps qui sont les derniers, il nous a envoyé son Fils comme Rédempteur. Méditons et voyons comment dans les temps passés, Dieu a sauvé son peuple. Méditons et voyons comment dans les temps passés et qu'est ce qui se passe ? On s'assoit longuement et qu'est-ce que nous faisons nous ? Nous écoutons la Parole de Dieu longuement.
Lorsque je dis que la foi naît d'abord d'une histoire, une histoire qui est racontée. Lorsque nous lisons l'Ancien Testament, nous sommes frappés par l'omniprésence des récits. Il y a beaucoup de récits dans l'Ancien Testament. Je viens de prendre l'exemple du livre de la Genèse. On pourrait aussi prendre l'exemple du livre de l'Exode. Le passage de la mer Rouge à pied sec. Lorsque nous regardons l'Ancien Testament, l'histoire d'Israël est constamment racontée, reprise, méditée. Et si le peuple Israël a survécu aux épreuves, s'il a survécu aux exils, aux persécutions, s'il a survécu aux invasions, c'est parce que, d'abord, la foi a été transmise, de génération en génération. Evidemment, ils ont connu beaucoup de difficultés, le peuple d'Israël, mais parce que la foi était transmise, ils savaient que quoi qu'il arrive, Dieu interviendrait tout de même. Alors ils ont tenu bon. Et voyez cette transmission, elle ne s'est pas faite à l'aide de beaucoup de bouquins, ni de traités théologiques, non. Elle s'est faite seulement par la narration, c'est à dire en racontant les merveilles de Dieu.

Raconter les merveilles de Dieu, c’est résister à l’oubli
Raconter les merveilles de Dieu, c'est ce qu'indique ce beau texte que nous allons entendre bientôt, le soir du Jeudi Saint, à la messe de la Cène, ce texte du livre de l'Exode, Exode 12, versets un 1-8 et 11-14. Ce texte qui fournit les prescriptions concernant le repas pascal. Je ne vais pas tout lire, mais juste quelques phrases. Écoutez bien ce que dit le texte de l'Exode que nous entendrons le Jeudi Saint. ‘’Ce mois-ci sera pour vous le premier des mois. Il marquera pour vous le commencement de l'année. Parlez ainsi à toute la communauté. Ce jour-là sera pour vous un mémorial. Ce souvenir, ce jour-là sera pour vous un mémorial. Vous en ferez pour le Seigneur une fête de pèlerinage. Et le texte se poursuit, c'est un décret perpétuel, d'âge en âge, vous l’a fêterez, d'âge en âge vous l’a fêterez. Le psaume 145 ne dit pas autre chose, d'une génération à l'autre, on proclamera. des œuvres d'une génération à l'autre, on proclamera des œuvres. Cela veut dire quoi ? Cela veut dire que la foi passe par la mémoire et la mémoire doit devenir histoire, parole. Israël a survécu, non parce que sa foi était d'abord écrite, elle a survécu parce que la foi était racontée. Mais où était-elle racontée ? Dans les familles.
C'est ce que dit aussi le livre de l'Exode pour montrer que la foi est racontée dans les familles. Dieu donne la raison pour laquelle il accomplit des miracles pour le peuple. Il dit "Tout ceci est fait afin que tu racontes à ton fils et au fils de ton fils ce que j'ai fait, et vous saurez que je suis le Seigneur’’. Afin que tu racontes à ton fils et au fils de ton fils ce que j'ai fait, et vous saurez que je suis le Seigneur. Dieu veut être connu, mais Dieu est connu lorsque son action est racontée. La connaissance de Dieu passe par la mémoire vivante de ses œuvres. Vous savez, il y a un beau chant qui dit, je ne sais pas si vous le connaissez… Tenons en éveil la mémoire du Seigneur, gardons… Notre Dieu fait pour nous ce qui est grand pour l'homme. Alléluia, bénissons-le... Pour lui rendre la joie dont l’Eglise est heureuse, tenons en éveil la mémoire du Seigneur, gardons au cœur le souvenir de ses merveilles…
Vous savez qu'il y a un texte très important pour la foi juive, que les prêtres connaissent bien. C'est ce texte qu'on appelle le Schéma Israël. Schéma Israël, Deutéronome 6, 4-9. Vous savez que c'est un texte que les Juifs répètent à longueur de journée. Pour certains, le minimum c'est deux fois par jour, matin et soir, parce que c'est ce que dit le texte en fait. C’est un texte qui parle presque de l'identité spirituelle d'Israël. Et que dit ce texte ? Écoute, Israël, le Seigneur est l'unique. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. Ces paroles que je te donne aujourd'hui resteront gravées dans ton cœur. Écoutez bien, tu les rediras à tes fils. Tu les répéteras sans cesse à la maison ou en voyage, que tu sois couché ou que tu sois levé, tu les attacheras à ton poignet comme un signe. Elles seront un bandeau sur ton front. Tu les inscriras à l'entrée de ta maison et aux portes de ta ville. Je pense que quasiment tous ici, nous avons une Bible chez nous. Où est-elle la Bible ? Sur notre table de chevet bien poussiéreuse. Non, notre Bible doit avoir presque la même place que la croix chez nous.
La foi doit être insérée dans le quotidien
Tu les rediras à tes fils, tu les répèteras sans cesse à la maison ou en voyage. Que tu sois couché ou que tu sois levé, tu les attacheras à ton poignet comme un signe. Tenons en éveil la mémoire du Seigneur. Ce texte du schéma Israël dit plusieurs choses. Il dit d'abord la responsabilité des parents, la foi doit venir des parents. Et ce texte, ce n'est pas seulement une profession de foi. Ce texte est un commandement. Vous connaissez les 10 commandements, mais là on peut ajouter un 11ème. C'est le commandement de la transmission, puisque le texte dit tu les rediras à tes fils, tu les répèteras sans cesse. Ce texte nous dit aussi une dernière chose, c'est que pour transmettre la foi, on n'est pas obligé d'être dans un lieu précis. La foi n'est pas enfermée dans le temple, elle n'est pas enfermée dans l'église puisque le texte dit que tu sois couché, que tu sois levé, que tu sois en voyage ou à la maison. La foi doit pouvoir être racontée à table, en chemin, le soir avant de dormir. La foi doit être insérée dans le quotidien.
Quel parent ici, le soir, avant d'aller se coucher, lorsque l'enfant lui demande de lui raconter une histoire, prend sa Bible et lui raconte les merveilles de Dieu ? Quel parent fait ça ? Apprenez à ouvrir vos bibles pour raconter l'histoire de Dieu à vos enfants. Oui. La foi n'est pas un ajout extérieur à la famille, non. La foi doit devenir le souffle intérieur, le souffle constant de la vie familiale. Pourquoi la Parole de Dieu tient-elle autant à ce que nous racontions ces merveilles ? Pourquoi d'après vous ? Parce que la Parole de Dieu nous met en garde contre un danger, le danger de l'oubli. Deutéronome 8, 11. Garde toi d'oublier le Seigneur ton Dieu en négligeant ses commandements, ses ordonnances et ses lois que je te prescris aujourd'hui. Garde toi d'oublier les commandements de ton Dieu et nous oublions tellement vite.
L'oubli s'installe lorsque le récit cesse. Quand nous ne racontons plus ce que Dieu a fait. Alors c'est la mémoire qui s'efface, c'est la foi qui s'effrite. Et quand la mémoire s'efface, quand la foi s'effrite, la relation à Dieu s'affaiblit
Je vous invite pour cela à relire le psaume 77, je crois. qui est un psaume qui est très long, je crois que c'est l'un des plus longs psaumes de la Bible qui fait je crois 73 ou 76 versets, c'est énorme. Alors ce psaume parle de la transmission et met en garde contre l'oubli. Pourquoi ? Parce que dans le psaume, à un moment, Dieu va reprocher au peuple, alors qu'ils avaient encore la bouche pleine, ils oubliaient le Seigneur. Dieu vient de faire pleuvoir la manne pour eux, pendant qu'ils mangent la manne, ils ont déjà oublié que le miracle a déjà lieu. C'est terrible. Vous savez pourquoi l'oubli est un danger ? L'oubli ne vient pas brutalement. Est-ce que vous oubliez quelqu'un si vous le voulez là comme ça tout de suite ? Non, l'oubli s'installe petit à petit, l'oubli s'installe lorsque le récit cesse, quand nous ne racontons plus ce que Dieu a fait, alors c'est la mémoire qui s'efface, c'est la foi qui s'effrite. Et quand la mémoire s'efface, quand la foi s'effrite, la relation à Dieu s'affaiblit. Eh bien, raconter les merveilles de Dieu, c'est résister à l'oubli.
Nos enfants n’ont pas besoin de parents parfaits, ils ont besoin de témoins
Saint Paul, je crois que c’est la 2ème lecture du Jeudi Saint, 1 Corinthiens 11, il va raconter comment ce qu’il a reçu il l’a transmis… ‘’la nuit où Jésus fut livré. Il prit le pain’’. À un moment, Saint Paul dit, ceci est pour vous un mémorial que vous garderez jusqu'à ce que le Seigneur vienne, jusqu'à ce que le Seigneur revienne. Raconter les merveilles de Dieu, c'est magnifique tout ça. Dans le Nouveau Testament, regardez la vie de Jésus. Jésus est un récit vivant. Saint Jean nous dit, Dieu personne ne l'a jamais vu, mais le fils unique qui est dans le sein du Père, nous l'a révélé. Cela veut dire quoi ? Cela veut dire que Jésus a rendu le père visible, mais par quoi Jésus l'a rendu visible ? Par sa personne, par ses gestes, mais aussi par les paraboles. Quand Jésus, par exemple, parle du fils prodigue, il nous parle de quoi ? Il nous parle de la tendresse de Dieu, il raconte la tendresse de Dieu. Lorsque Jésus accueille les enfants, il nous parle de quoi ? De l'humilité de Dieu. La vie de Jésus raconte même l'histoire de l'amour de Dieu pour nous.
Hier, je n’étais pas là tout l'après-midi, mais vers la fin, je crois que sœur Judith a dit que l'Esprit Saint était pressé, Dieu était pressé et il y a eu une séance de prière de guérison. On a entendu beaucoup de cris et des gens qui étaient visiblement dans les mains de l'Esprit Saint. Mais je vous dis une chose, on ne peut pas dire que l'Esprit Saint nous a touché si vous repartez chez vous et vous devenez plus mauvais qu'avant. Si vous voyez quelqu'un qui dit qu'il a été touché par l'Esprit Saint et qui n'est pas capable de mettre dans sa vie la Parole de Dieu, de l'appliquer, c'est un imposteur. Dénoncez-le. Pourquoi je vous dis ça ? Parce que, après avoir entendu la Parole de Dieu raconter ses merveilles dans notre vie, quelle est la suite ? Notre vie aussi doit devenir un récit, quelque chose qu'il faut raconter. Si notre vie ne devient pas un récit, presque un autre évangile, ce n'est pas la peine de dire que Dieu a fait des merveilles. Et pour revenir à la question de la transmission, nos enfants n'ont pas besoin de parents parfaits, ils ont besoin de témoins. Si dans la transmission de la foi, les enfants ne peuvent pas voir à travers vous le visage de Dieu, le visage du Père, c'est que votre récit n'est pas bon. Allez le refaire… (chant) Tenons en éveil la mémoire du Seigneur, gardons au cœur le souvenir de ces merveilles. Merci.
Enseignement de Père Jean-Lucien JOSEPH, curé de la paroisse du Sacré-Coeur - Session d'entrée en Carême des 16 et 17 février 2026, à Duval Petit-Canal (Retranscription non intégrale par le service diocésain de la communication)
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