« Ne résistons pas à l’amour de Dieu » : Mgr Philippe GUIOUGOU, en ouverture de la session diocésaine d’entrée en Carême 2026, à Petit-Canal


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lundi 16 février 2026
Diocèse de Guadeloupe

En ouverture de la session diocésaine d’entrée Carême, lundi matin 16 février 2026, sur le site de Duval, à Petit-Canal, devant 3.000 fidèles, Mgr Philippe GUIOUGOU, évêque de Guadeloupe, a dispensé un très bel enseignement, sur le thème « Comment réussir et vivre autrement son Carême ». Nous publions la retranscription non intégrale de son intervention.

"Ouvrez vos cœurs, croyez à l'Évangile et soyez des missionnaires du Christ. Tel est le thème général qui nous rassemble. Alors, je ne peux pas m'empêcher de dire deux mots quand même sur ce thème, en plus de ce que je vais dire sur comment réussir et vivre autrement notre carême. Il m'est venu un refrain de psaume que vous connaissez. Aujourd'hui, ne fermez pas votre cœur, mais écoutez la voix du Seigneur. Aujourd'hui, pas demain. Vous savez, l'aujourd'hui de l'Évangile. Nous retrouvons souvent aujourd'hui quand le Christ dit aujourd'hui, c'est maintenant que ça se passe. La présence de Dieu, son action est là maintenant avec nous. Aujourd'hui, ne fermez pas votre cœur. Donc en introduction, je vais beaucoup parler du cœur parce que finalement c'est là que ça se passe. Ouvrez votre cœur, ne fermez pas ce cœur. Nous allons vivre ensemble finalement une dimension ecclésiale. Comme je disais au début, le peuple est rassemblé. Une bonne partie du peuple est rassemblée, religieuses, religieux, prêtres, diacres, prêtres, évêques. Nous formons ce corps vivant, parfois venant de loin. Je sais que Marie-Galante, puisque j'y étais avant-hier devait ou doit être là. Et quand on sait la difficulté du déplacement, cela montre bien l'importance d'être ensemble". 

De l’importance de la dimension collective

"Ce qu'il y a peut-être de particulier dans ce que nous faisons d'inédit puisque c'est vraiment la première fois que nous le faisons, je ne l’espère pas la dernière fois, que nous vivons l’entrée en Carême dans cette dimension collective. Nous ne sommes pas isolés, nous sommes ensemble. Moi aussi, je vais ouvrir mon cœur comme vous, pour vivre cette session. Durant ces deux jours, je prie pour que chacun de nous fasse de même : ouvrir son cœur, de même pour notre voisin. Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui. Ouvre la porte de ton cœur. C'est finalement le plus important. Aussi intelligent ou puissant puisse être ce que nous allons vous dire, peut-être une phrase, un mot. Mais tout cela ne pourra entrer si la porte de notre cœur n'est pas ouverte. Si elle est fermée à double tour, ce n'est pas possible. Donc, le seul effort que je vous demande, que je nous demande, ouvrons la porte de notre cœur, ouvrez vos cœurs. Que ces deux jours soient pour nous un temps d'écoute attentive, un temps où nous laissons le Christ entrer. Un temps où, et j'aurais dû commencer par-là, nous accueillons sœur Judith Myriam qui est de l'Agneau Pascal Naounou. Voilà, sœur Judith, elle peut se mettre debout, mais vous la verrez tout à l'heure. Elle est religieuse au sein de l'Institut religieux féminin, Mère du Divin Amour. Merci, sœur, d'être venue. Voilà, cette présence, elle est là pour nous aider à ouvrir notre cœur".

Réussir son carême, c'est donc accepter de se laisser aimer là où j'en suis et surtout avec mes fragilités. Qui n'est pas fragile ? D'entre nous, qui n'est pas fragile ? Celui qui prétend ne pas être fragile est le plus fragile d'entre nous tous.

"Ne résistons pas à l'amour de Dieu qui est prêt à nous donner cet amour. Ne résistons pas, nous sommes capables de résister fortement à Dieu, mais lui, il est encore plus fort, plus fort que nous. Il est capable de faire tomber les résistances ou de mettre quelqu'un sur notre route qui fera tomber cette résistance. Évitons ou essayons de ne pas résister à Dieu ; alors notre cœur deviendra brûlant. Et vous savez, la chaleur, c'est quelque chose qu'on retrouve beaucoup dans les conversions, dans une rencontre forte avec Dieu, comme une chaleur qui nous envahit, qui signifie une présence, le buisson ardent. Ça brûle, mais sans se consumer. Le Seigneur met une chaleur en nous, mais il ne va pas nous consumer, nous réduire en cendres. Il va mettre cette chaleur qui est le signe de la présence. Laissons cette présence de Dieu et cette chaleur humaine et divine nous envahir. Frères et sœurs, entrons dans ce Carême sans retenue, ouvrons nos cœurs, croyons à l'Évangile et devenons les disciples dont il a besoin, les disciples dont l'Église a besoin, dont notre église de Guadeloupe a besoin. Vous m'entendez souvent parler des jeunes de la jeunesse. Je ne fais pas de jeunisme. Je ne suis pas en train de réduire notre église à la jeunesse. Mais quels sont les lieux où nous arrivons à rejoindre les jeunes ? J'insiste, nous devons impérativement aller rejoindre ces jeunes là où ils sont". 

"Comment réussir et vivre autrement mon carême ? Peut Être qu'en regardant tout ce qui se fait autour de nous et en encourageant cette présence de Dieu à tout moment dans notre vie. Alors on pourrait dire de façon facile que le Carême c'est jeûner. Mais est-ce que c'est jeûner de façon empirique plus que l'année dernière ? Est-ce que c'est prier encore plus longtemps que l'année dernière ? Est-ce que c'est me prouver que je suis davantage capable ? Est-ce tout cela, le carême ? Vous l'entendrez, c'est un temps pour revenir à Dieu. Alors cette phrase, elle est paradoxale parce que cela veut dire que pendant toute l'année, nous serions éloignés de Dieu. C'est paradoxal de dire que le Carême, c'est le temps pour revenir à Dieu. Comme si nous avons mis Dieu de côté pendant 8 mois, 9 mois. Non, évidemment, nous n'avons pas mis Dieu de côté pendant 8 mois, 9 mois, 10 mois". 

Le Carême, un lieu de conversion

"Mais le Carême, c'est comme pour intérioriser encore plus cette présence de Dieu en moi et me rappeler qu'il est là à tout moment de notre vie. Finalement, on pourrait dire. Je pourrais vous dire que le temps liturgique que je préfère, c'est le temps ordinaire. On est content parce qu'il y a Pâques, on est content parce qu'il y a Noël, on est content parce qu'il y a la Pentecôte. Mais finalement, peut être que le temps le plus important, c'est le temps ordinaire, qui est d'ailleurs le plus long liturgiquement, le temps ordinaire dans l'ordinaire de notre vie, dans l'ordinaire de notre présence. Et la Bible parcourt tout cela. Dieu se fait présence. Notre faculté de reconnaître la présence de Dieu dans nos vies, c'est là le véritable enjeu de la foi. Et c'est peut-être à travers ce carême, nous rappeler cela. Ce que je vous souhaite et que je nous souhaite c’est que nous partions au désert pendant ce Carême, parce que c'est un lieu de rencontre avec Dieu. Un lieu d'alliance, évidemment. Le Carême, un lieu de conversion, l'image du Christ qui est tenté".

"Vous m'avez déjà entendu dire que de j'aime bien le livre d'Osée, ‘’je vais la séduire, Israël, je la conduirai au désert et je parlerai à son cœur’’. Dieu, dans ce livre d'Osée, nous rappelle comment Israël s'est détournée. Israël, avec ces mots forts, s'est même prostituée pour dire "Tu t'es éloigné complètement de moi, je ferai de telle sorte que tu reviennes à moi." Le Seigneur est capable de déployer toutes ses forces et toute son énergie. Il est même capable d'envoyer son fils Jésus-Christ. Un fidèle me disait, mon Carême a changé le jour où j'ai compris que Dieu ne me demandait pas d'être héroïque, mais vrai. Vrai avec moi-même, vrai avec les autres. Réussir son carême, c'est donc accepter de se laisser aimer là où j'en suis et surtout avec mes fragilités. Qui n'est pas fragile ? D'entre nous, qui n'est pas fragile ? Celui qui prétend ne pas être fragile est le plus fragile d'entre nous tous. Et à la messe, vous m'entendez dire souvent cette phrase nous sommes des pêcheurs aimés de Dieu. Le simple fait de rajouter, pas seulement pécheur, mais pécheur aimé de Dieu, cela vient toucher directement notre cœur et notre vie". 

Nous ne sommes une religion de l’obligation, mais de la rencontre

"Alors, dans ce jeûne autrement, on peut insister sur la prière. Passer de l'obligation à la rencontre, voilà la manière de vivre autrement ce jeûne. Nous ne sommes pas une religion. de l'obligation, nous sommes une religion de la rencontre. Et quand je vis, quand nous vivons la rencontre, alors cette rencontre se fait en quelque sorte un peu obligation pour nous, se fait un peu un devoir devant Dieu. Mais ce n'est pas l'obligation qui fait la rencontre, c'est un cœur ouvert qui accueille cette présence de Dieu. Et quand cette présence vient, cela met des exigences dans nos vies, dans notre manière d'être, de faire avec nous-mêmes et avec les autres. Donc vivons cette ce carême comme un lieu de rencontre qui va nous obliger à nous tourner vers Dieu. Dans cette rencontre, il y a un point essentiel et les prêtres sont là pendant ces deux jours où nous allons vous proposer aussi la confession. Se confesser, c'est encore une fois ouvrir son cœur et reconnaître cette présence de Dieu, se réconcilier". 

"Si je dois donner quelques instructions pour le Carême… J’aime bien, souvent les jeunes nous disent Monseigneur ou Père, dites-moi ce qu'il faut faire pour le Carême. Alors je suis toujours embêté quand les jeunes me demandent, ka pou nou fè ? Il Le paradoxe des jeunes, c'est qu’à la fois ils veulent une certaine liberté, mais en même temps, ils réclament une forme d'exigence. Que faut-il faire pour le carême, ou faire le carême, ou faire un bon carême, ou faire un carême autrement ? Alors cette question elle est dangereuse parce qu'on pourrait être tenté à la fois et premièrement de donner des recettes. Mais vous savez très bien que la recette pour quelqu'un ne marche pas pour quelqu’un d’autre. Donc ce n'est pas qu'une question de bonne ou mauvaise recette. C'est une question de qu'est-ce qui va te rejoindre là où tu en es aujourd'hui ?"

Apprendre à mettre le silence au cœur de notre vie

"Mais à coup sûr, une chose est valable pour tous. Peut-être que ce carême doit être un carême où je mets le silence au cœur de ma vie. Faire un peu plus silence, sortir du bruit. Faire de ce carême un temps où le silence nous occupe un peu plus. Il est bon que nos paroisses ouvrent un espace de silence, d'adoration et de présence. C'est peut-être le conseil essentiel que je voudrais donner, que ce carême soit un carême où je fais silence face à Dieu et avec sa parole. Un silence fait remonter la parole de Dieu, fait émerger ce que nous avons médité en y pensant. J'ai pensé aussi à sœur Jeanne, si je ne me trompe pas, qui a le groupe de Lectio Divina pour apprendre une lecture priante de la parole de Dieu. Nous avons des outils au sein du diocèse qui peuvent nous aider. Cela peut être une petite promotion pour ce groupe qui est très bien. J'ai fait un bilan avec eux il y a un mois. Il en est ressorti lors de nos échanges que le fait de prier la parole, de la méditer, de l'approfondir fait grandir, met debout et rend plus solide". 

Le jeûne : se priver volontairement pour se rapprocher de Dieu

"Vivre autrement le Carême, cela peut passer aussi peut-être par le deuxième aspect, le fameux jeûne. Mais le jeûne n'est pas une punition, ce n'est pas quelque chose qu'on inflige à notre corps. La définition du jeûne, c’est de se priver volontairement de quelque chose pour se rapprocher de Dieu. Encore une fois, ouvrir son cœur, se priver volontairement de quelque chose pour se rapprocher de Dieu en ouvrant notre cœur. Alors, comme je disais, on peut faire un jeûne des écrans, on peut faire un jeûne des critiques. Difficile, on est d’accord, mais c'est possible. On peut faire un jeûne des achats impulsif, de la fièvre acheteuse. On peut faire aussi un jeûne de tout ça. Le jeûne, je le dis, mais on le dira pendant ces 40 jours de carême, c'est créer de l'espace pour Dieu, c'est ça le jeûne, créer de l'espace pour Dieu. Cela peut passer par du temps que je libère et je crée de l'espace pour Dieu. Élargir l'espace de notre temps. Isaïe 54, je crois, élargir l'espace de notre tente pour que Dieu puisse y entrer. Voilà le jeûne autrement que nous proposons et que nous voulons vivre. Voici ce jeûne autrement". 

"Il y a aussi le partage. C'est passer de l'aumône à la charité véritable, une charité vivante. Donner de l'argent, c'est important, mais le partage, c'est encore plus important. Quand je partage, ça établit un lien avec l'autre et ça établit évidemment un lien avec Dieu. Alors pour terminer, on pourrait dire pourquoi nous échouons quand nous vivons le Carême. Peut-être que nous mettons trop de pression, nous voulons changer trop de choses. C'est comme le premier janvier, comme je veux pratiquer du sport pour être plus en forme. Ça dure un mois, après ça part dans les oubliettes. Nous voulons trop faire. On va démarrer fort pendant 15 jours et après ça deviendra plus compliqué. Nous comptons trop sur notre volonté. Peut-être que cela nous fait aussi louper un peu le Carême et oublier que c'est la grâce de Dieu qui agit en nous et par nous. Le Carême, ce n'est pas un programme et encore moins un programme de développement personnel, même s’il peut y avoir du développement personnel chrétien.  Un développement personnel chrétien qui n'a rien à voir avec certains développements personnels qui peuvent être honnêtement très dangereux, nous donner l'impression que nous sommes finalement au centre de tout et nous décentrer. Alors c'est très bien, on nous centre autour de nous-même et on devient un peu performant. Mais c'est très dangereux finalement". 

Le temps propice à l’Esprit Saint œuvre en chacun de nous

"Le Carême donc, n'est pas un programme, c'est l'œuvre de l'Esprit Saint en moi. Voici ce qu'est le Carême, l'œuvre de l'Esprit Saint. Alors, ai-je demandé à l'Esprit Saint comment je dois vivre ce Carême ? Lui ai-je demandé ce qui serait bon pour moi cette année pour me faire grandir et progresser ? Alors, s'il faut être concret, je pourrais vous dire, suivez le mandement de Carême que j'ai proposé au sujet de la Jamaïque. C'est concret. La Jamaïque qui a subi ce cyclone, cet ouragan, l'un des plus puissants, voire le plus puissant. Et moi, faisant partie de la conférence épiscopale de la petite Caraïbe, je connais les évêques de la région, donc ça prend du sens encore plus, si j'ose dire. Nous pouvons faire notre mandement de Carême en étant extrêmement généreux envers la Caraïbe. Nous avons effectivement besoin d'argent dans notre diocèse, oui, c'est vrai. Mais si je ne partage pas avec les autres, à quoi sert l'argent que je récolte pour le diocèse ? C'est ma philosophie profonde. Si je ne donne pas aux autres, à quoi cela sert d'accumuler à rien. Ma richesse vient du don et du partage que je fais avec les autres. Voilà une manière de vivre autrement ce Carême".

Que ce Carême fasse de nous des hommes et des femmes capables de témoigner de ce que le Christ a fait dans nos vies, ce qu'il a bousculé dans nos vies

"Ce n'est pas dire j'ai tenu mes efforts, mais je me suis laissé aimer par Dieu. Voici le carême que nous allons vivre. Non pas dire j'ai fait ceci, j'ai fait cela, mais je me suis laissé aimer par Dieu. Quel est le thème de l'année liturgique ? La lettre pastorale. En Eglise, avec Jésus-Christ, participons et témoignons. Et je vous ai souvent dit, je le redis encore, nous ne savons pas témoigner. Parce que quand nous témoignons, nous disons ce que nous faisons. Or, ce n’est pas ce que nous faisons qui va toucher le cœur de l'autre, c’est ce que le Seigneur fait en moi, ce que le Seigneur m'apporte, ce qu'il bouscule en moi, à quel point je l'ai rencontré, je peux parler de lui et je peux en témoigner. Alors que ce Carême fasse de nous des hommes et des femmes capables de témoigner de ce que le Christ a fait dans nos vies, ce qu'il a bousculé dans nos vies. N'allez pas dire j'ai jeûné pendant quatre jours, j'ai jeûné le Mercredi Saint, j'ai jeûné le Vendredi Saint, ce n’est pas ça le plus intéressant. Ne cherchez pas forcément les choses extraordinaires". 

"Comme la phrase que j’ai inscrite sur ma carte d’ordination presbytérale, Dieu n'est pas dans l'orage, Dieu n'est pas dans le tremblement de terre, Dieu n'est pas dans le feu, Dieu est dans la brise légère, la brise légère. (1 Rois 19). Nous sommes capables de témoigner de cette présence de la brise légère de Dieu dans nos vies. Alors, frères et sœurs, nous aurions peut-être, et nous avons certainement tout prévu pour cette session, tout organisé, mais vous savez bien que Dieu se glisse dans l'imprévu. Dieu ne veut pas une église bien structurée, ne veut pas une église uniquement bien structurée et bien organisée. Dieu demande une église où son esprit agit et l'esprit est présent. Voilà ce que Dieu demande. Laissez-vous surprendre par la présence de cet esprit pendant ces deux jours. Alors vous verrez ces merveilles. Et quelle est la phrase bien-aimée de l'évêque ? Est-ce que Christ est ressuscité ? Il est mieux que ressuscité, il est Vivant. Voilà, si vous dites à quelqu'un dehors Christ est ressuscité, il ne vous comprendra peut-être pas, mais si vous dites qu'il est Vivant, là ça va certainement interroger et après vous expliquerez ce que cela veut dire ressuscité ? Amen".

Enseignement de Mgr Philippe GUIOUGOU, évêque de Guadeloupe – Session d’entrée en Carême 2026 – 16 février 2026 – Site de Duval, à Petit-Canal (Retranscription non intégrale)

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