Frères et sœurs bien-aimés, nous vivons aujourd'hui un moment particulier, forcément chargé d'émotion et de sens. Nous célébrons cette messe dans la nouvelle église Sainte-Anne, après la désacralisation et la fermeture, nous dirons officiel, en tout cas au niveau ecclésial, de l'Église du même nom. Une église qui était donc fragilisée et menaçait de s'écrouler. C'est une page qui se tourne et qui sera encore plus significative lorsque l'on entamera sa destruction. Sûrement, quelques larmes couleront. Des larmes qui seront la résultante de toutes ces années de sacrements reçus ici, et d’Eucharisties célébrées.
Une église peut être détruite, mais si la communauté demeure, si la foi demeure, si l'amour demeure, alors Dieu est toujours là.
Cela remontera dans notre mémoire parce qu’une église, ce n'est pas quelque chose d'anodin dans une ville. D'ailleurs, les architectes quand ils construisent une église, on voit les yeux qui pétillent vraiment. Parce qu'ils sont conscients de faire quelque chose qui va durer très longtemps. Donc généralement, un architecte est très attaché et très fier d'avoir contribué à la construction, à l'édification d'une église. Mais nous pouvons en ce jour nous rappeler une vérité essentielle. L'Église n'est pas d'abord faite de pierres, mais de personnes vivantes. Voilà la chose essentielle que cette désacralisation me permet de rappeler et de dire. L'Église est d'abord faite de pierres vivantes.
Comme dans l'Ancien Testament, même si le temple est détruit, même si nous serions éventuellement déportés, là où nous sommes, nous sommes capables de reconstruire une église parce que nous, les hommes et femmes, sommes des pierres vivantes. Une église peut être détruite, mais si la communauté demeure, si la foi demeure, si l'amour demeure, alors Dieu est toujours là. Et l'Église avec un grand E demeure. Vous connaissez la distinction, petit e, le bâtiment, grand E, la communauté que nous formons.
La force de Dieu se manifeste dans la faiblesse
Aujourd'hui, en ce dimanche aussi de la santé et des malades que nous célébrons ce week-end, la liturgie nous invite à regarder la fragilité humaine. Non pas la fragilité des pierres, fragilité des corps, fragilités des vies. Mais en fait et surtout, regardons la force de Dieu qui se manifeste dans la faiblesse. La faiblesse de nos corps, la faiblesse de nos vies, quelquefois aussi, et même finalement dans la faiblesse que l'Église avec un grand E peut représenter. Dieu se manifeste. Et peut-être surtout à travers notre faiblesse pour nous relever. Dans la première lecture, si tu te montres généreux, tu verras les bienfaits de Dieu dans ta vie. C'est très important avec le livre d'Isaïe, si tu donnes à manger à celui qui a faim, si tu combles les désirs du malheureux, ta lumière se lèvera dans les ténèbres. Et ton obscurité sera lumière de midi. Quelle parole forte qui nous est donnée là par Isaïe.

La générosité du cœur peut-elle sauver le monde ? La parole de Dieu répond clairement, oui. La générosité du cœur et de nos vies peut sauver le monde. Et cela ne dépend pas de notre condition sociale. Hommes, femmes, jeunes ou moins jeunes, fragiles ou pas fragiles. Faire preuve de bonté dans notre vie est une des choses les plus agréables à Dieu. Et j'aime bien dire, il faut que nous soyons bons. La bonté peut sauver notre monde. Est-ce que nous sommes bons ? La lumière dont parle Jésus dans l'Évangile, justement, n'est pas une lumière pour nous mettre en valeur, pour être applaudi ou admiré. Jésus nous pose une question dans l'Évangile très simple. Mais très profonde. Est-ce pour nous faire voir que notre lumière brille, cette lampe ? Est-ce pour nous faire voir ou bien pour qu'en nous voyant, d'autres reconnaissent à travers nous la présence de Dieu. Ce qui n'est pas du tout la même chose. Est-ce que nous nous contentons de briller pour nous montrer aux autres ? Ou est-ce que, à travers cette lumière qui brille dans ce que nous faisons, dans ce que nous pouvons dire, quelque chose transparaît ? Comme on voit quelqu'un qui nous illumine, qui nous éclaire par sa parole, par sa manière d'être. Est-ce pour se montrer ou pour plutôt que nous puissions reconnaître la présence de Dieu dans ce qu'il fait ou ce qu'elle fait ?
Notre foi ne repose pas sur un bâtiment, aussi beau soit-il.
Si je reviens à ce dimanche des malades, quand nous visitons un malade, quand nous prenons le temps d'écouter une personne seule, quand nous partageons. Quand nous consolons, quand nous pardonnons, ce n'est pas pour se montrer en spectacle, mais quelqu'un, quelque part, est éclairé par ce que nous faisons et ce que nous disons. Alors, nous pouvons nous poser deux questions. Quelles sont les choses que nous avons faites et qui ont éclairé la vie d'un autre ? Qu'est-ce que nous avons fait dans notre vie, qu'est-ce que nous avons dit et qui finalement a éclairé l'autre ? Je pense que ça vous est déjà arrivé. Quelquefois on ne le sait même pas, on ne s’en rend même pas compte, on dit une parole qui va éclairer l'autre, qui va faire dire à l'autre, sé pawol la sa an té bizoin jodla. Ça arrive, ça m'est déjà arrivé, quelqu'un me dit quelque chose, mais la personne ne se rend même pas compte que c'est cette parole que j'avais besoin de recevoir aujourd'hui. Quelle parole, quel geste que nous avons fait qui a déjà éclairé quelqu'un ? Si nous n'avons jamais dit une parole, un geste qui a éclairé quelqu'un, on peut se poser des questions.

Quelle lumière avons-nous peut-être nous aussi reçue de quelqu'un qui nous a éclairé ? Une parole qui a fait du bien, un sourire dans un moment difficile, une main tendue où tout semblait perdu. Je m'appuie là sur la parole de Dieu avec le livre d'Isaïe. Si tu combles les désirs du malheureux, ta lumière sera une lumière dans les ténèbres. Mais aussi l'Évangile qui nous rappelle que nous sommes la lumière du monde et le sel de la terre. Que votre foi ne repose pas sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu, nous dit Saint Paul dans la 2ème lecture. Et je reviens à la 2ème lecture. Que votre foi ne repose pas sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu. Notre foi ne repose pas sur un bâtiment, aussi beau soit-il. Et c'était très intéressant d'entendre les témoignages de ce que vous avez vécu. Elle repose sur la puissance de Dieu à l'œuvre dans une communauté qui aime.
Prions pour les malades, pour ceux qui souffrent dans leur corps ou dans leur cœur, pour ceux qui se sentent fragiles, inutiles, oubliés, pour ceux qui ont l'impression que la lumière de leur vie brille un peu moins.
Notre foi repose sur la puissance de Dieu à l'œuvre dans notre communauté à Goyave, une communauté qui aime. Oui, une église a été fermée, mais une autre a été ouverte. Celle où nous sommes dès maintenant, aujourd'hui. Et surtout, la communauté de Goyave est toujours là, appelée à briller de mille feux, non pas par l'éclat des pierres, aussi belle puisse être notre église, mais l'éclat de l'amour que nous donnons. On peut avoir une belle église, mais s'il n'y a rien qui se vit dans cette église, ça ne sert à rien qu'elle soit belle. C'est nous qui rendons notre église belle. En ce dimanche de la santé, prions pour les malades, pour ceux qui souffrent dans leur corps ou dans leur cœur, pour ceux qui se sentent fragiles, inutiles, oubliés, pour ceux qui ont l'impression que la lumière de leur vie brille un peu moins.
Très récemment, à l’invitation d’une paroissienne, je suis allé rendre visite à quelques fidèles dans un quartier. Nous sommes allés dans deux lieux, on devait voir les jeunes, mais finalement on ne les a pas rencontrés, des jeunes un peu en difficulté. Mais bon, ils n’étaient pas là, on reviendra une autre une autre fois. Je suis entré dans deux lieux. Deux lieux paradoxaux, quelqu'un aveugle, mais la maison brille de mille feux et un autre lieu pas très loin, une dame couchée qui a toute sa tête avec qui j'ai pu échanger, mais où l’on sent qu'il y a une souffrance. Frères et sœurs, demandons au Seigneur cette grâce d’être une église vivante, une église lumière, une église qui reflète l'amour de Dieu. Aujourd'hui, ici à Goyave, que notre lumière brille, non pas pour notre gloire, mais pour que Dieu soit reconnu, aimé et servi. Une lumière qui vient en aide à ceux qui en ont besoin. Notamment nos malades, nos personnes âgées et isolées. Amen.
Homélie de Mgr Philippe GUIOUGOU, évêque de Basse-Terre et de Pointe-à-Pitre – A Goyave, le samedi 7 février 2026 (Retranscription non intégrale)
Le service diocésain de la communication
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